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PORTRAIT D’ARTISTE : ANNE SYLVESTRE

Anne Sylvestre est sans doute la première, a avoir proposé un répertoire de chansons originales et populaires à destination des enfants. Tout commence en 1962. En marge d’une carrière de chanteuse « pour les grands » (1), Anne propose ses premières Fabulettes au public qui s’enthousiasme pour ces comptines d’un nouveau genre. Steve Waring et Henri Dès, les autres « grands ancêtres » ne débuteront leur carrière jeune public que plus tard.

anne1Le succès des Fabulettes est donc aujourd’hui vieux de plus de 50 ans. Il ne semble pas devoir cesser de si tôt.
La longévité, plus de 50 ans donc, l’abondance, pas loin de 200 titres, la nouveauté du genre, au moins au début, la variété des sujets, des couleurs (humour, tendresse, mélancolie …) et des formes (tantôt des histoires comiques, absurdes, poétiques, tantôt des chansons descriptives ou à thème), la qualité des musiques et des arrangements, les textes remarquablement bien écrits sont autant d’éléments d’explications possibles – des plus triviaux aux plus solides – à ce succès jamais démenti. Certes, tout cela suffit à placer Anne Sylvestre au plus haut dans le palmarès des chanteurs préférés des enfants et de leurs parents.
Mais il y a plus, quelque chose qui, relevant de la façon d’être plutôt que de la façon de faire, de l’émotion plus que du raisonnement, est assez délicat décrire. Je me lance, on verra bien. (2)
Les fabulettes, à mon oreille, coulent de source, elles ne sentent jamais l’effort et les bonnes intentions. Je parierai bien que pour la plupart elles sont venues d’un jet, d’un souffle. Si l’on en croit Baudelaire, le génie, c’est l’enfance retrouvée à volonté. C’est sans doute de cela qu’il s’agit. C’est une enfance avec « des moyens d’adulte » qui s’adresse à d’autres enfants. Du coup, le ton est toujours juste. Rien d’étonnant à ce que la source ne tarisse pas, c’est une fontaine de jouvence. Oui, nous dit Anne Sylvestre, le monde est grand et la vie passionnante, il y a beaucoup à apprendre, mais ne vieillissez pas trop vite, gardez toujours au cœur ce qui ne s’apprend pas (mais se désapprend souvent hélas). Je conseille toujours aux parents de prendre le temps d’écouter les chansons que l’on destine à leurs enfants avec eux, c’est excellent pour la santé. Les Fabulettes en donnent le meilleur exemple. Les adultes qui ont écouté ces chansons quand ils étaient enfants les portent longtemps en eux – il y a d’ailleurs une chanson du répertoire « adulte » d’Anne qui évoque avec humour et tendresse ces « rescapés des fabulettes ».
Pour ce qui est des musiques, elles sont toutes composées par Anne Sylvestre elle-même. C’est bien fait et très homogène, la dame a son style, les enfants l’apprécient. Certaines mélodies un peu complexes ne sont évidemment pas faites pour être reprises en chœur; d’autres au contraire ne demandent qu’à être chantées à tue-tête; la plupart enfin sont plutôt faciles à chanter et à la portée de tout un chacun. Le petit bémol est peut-être qu’au long de ce vaste répertoire on finit par repérer, quelques redondances, quelques redites mélodiques un peu insistantes. Pour qui possède un style bien affirmé et un grand répertoire, c’est un écueil difficile à contourner.

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Les arrangements de François Rauber (3) sont tout simplement géniaux. Un peu daté peut-être, mais sous ma plume c’est plus une marque de nostalgie qu’un reproche. Sa belle inventivité, l’élégance et la précision des interprètes, la qualité du son des orchestres et même la façon d’enregistrer tout ça me surprennent et m’enchantent toujours aujourd’hui.
En marge des fabulettes Anne a créé en 1993 avec Michèle Bernard, sa « sœur de scène », « Lala et le cirque du vent », un conte musical. Plus tard, elle participe au spectacle « Enfantillages » avec Aldebert et quelques autres. Elle participe également à quelques projets jeune public du groupe Les ogres de Barback.
Anne Sylvestre n’a jamais chanté ses Fabulettes sur scène.

(1) : Depuis la fin des années 50 jusqu’à aujourd’hui (chapeau bas !) elle trace une belle route dans les paysages de la chanson française. « On commence à s’apercevoir qu’avant sa venue dans la chanson, il nous manquait quelque chose et quelque chose d’important. » a écrit Brassens au début de sa carrière. On ne saurait mieux dire. Avec sa bonne amie Michèle Bernard et l’exubérante Juliette elle trône au sommet de mon panthéon des grandes dames de la chanson – voilà une tournure joliment « clichée » non ? Mais, hors sujet, je vous raconte ma vie, revenons aux Fabulettes.
(2) : La tentative d’explication de ce je-ne-sais-quoi qui fait la différence que vous allez lire ne correspond sans doute qu’à une perception hautement subjective. Il sera peut-être raisonnable de ne pas trop tenir compte de mes spéculations. Vous jugerez.
(3) : Il a écrit et dirigé les arrangements des Fabulettes des 16 premiers volumes (sur 18). Si vous ne connaissez pas son nom, vous avez forcement déjà entendu son travail : il a été l’arrangeur des chansons de Jacques Brel pendant presque toute sa carrière, il a même composé une dizaine de titres avec lui. Il a accompagné Vian et Gainsbourg et travaillé en tant qu’arrangeur avec Barbara, Moustaki, Aznavour, Juliette et bien d’autres.

Discographie

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Il existe 18 volumes de Fabulettes. Je n’entre pas dans le détail, le répertoire est très homogène et la qualité constante. La plupart des opus sont plus ou moins thématiques : La ville, les animaux, pour les tout-petits, la mer, les couleurs etc.
Sont également disponibles : « Génération Fabulette », un coffret de 40 Fabulettes compilées; un coffret avec un DVD (voir plus loin) et 2 CD (36 chansons) et un coffret regroupant les 18 volumes, « L’intégrale ».

Jacques Haurogné a enregistré deux CD de Fabulettes :

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Jacques Haurogné Chante les Fabulettes d’Anne Sylvestre EPM 2007
14 Fabulettes magnifiquement portées par la belle voix de Jacques Haurogné. Les arrangements sont très bien faits. Ecouter les Fabulettes dans ces habits neufs est un vrai plaisir qui nous confirme ce que l’on savait déjà : les chansons d’Anne Sylvestre sont solides, elles traversent le temps et les modes et, comme celles de Brassens, on peut les interpréter de mille manières, pourvu que le cœur y soit, elles sonneront toujours bien.

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Capitaine Jako (Jacques Haurogné Chante les Fabulettes d’Anne Sylvestre) EPM 2002
17 chansons tirées des Fabulettes sobrement accompagnées par une guitare et quelques chœurs et bruitages. Deux personnages, Jako et Ducorbo dialoguent entre les chansons et déroulent un fil conducteur qui lie l’ensemble. Ce projet a donné lieu à un spectacle crée en 2002.

Enfin deux DVD proposent chacun 18 Fabulettes en dessins animés. C’est joliment fait et très bien adapté aux tout-petits. Des petites scènes inventives illustrent les textes des chansons avec une belle liberté tout en restant fidèle à l’esprit malicieux des Fabulettes.

Toutes les références sont disponibles sur le site d’Anne Sylvestre.

A PROPOS DE : VIVE LA LIBERTÉ (A bas les versions officielles)

Précisions liminaires que l’on peut passer si l’on sent qu’on ne va pas avoir le temps de lire toute la chronique

Je m’en tiens généralement dans mes chroniques au petit monde de la chanson pour enfants. Mais parfois, entre les lignes, mon propos dépasse de ce cadre. La chronique du jour est un modèle du genre. Les appréciations négatives sont rarissimes dans mes papiers, je préfère toujours partager mes enthousiasmes plutôt que mes agacements ou mes dégoûts. Mais, quand un article s’intitule « Vive la liberté », c’est sans doute que son auteur estime qu’elle a besoin d’être défendue cette belle dame que l’on aime tant. Défendue, d’accord, mais contre qui ?
Il faut, de toute évidence répondre à cette question. Voilà pourquoi aujourd’hui le ton de la chronique sera peut-être un peu plus polémique que d’habitude.

Maintenant, la chronique pour de bon

Les petits enfants quand ils commencent à chanter, ne reproduisent pas à l’identique les mélodies des chansons que l’on veut leur transmettre. Même chose pour les textes. Personne, et c’est tant mieux, n’y trouve à redire. « - C’est normal, à leur âge, c’est difficile. Et puis celle-là est un peu compliquée. »  » Oh, comme il est drôle quand il essaye de chanter au clair de la lune !  »
Mais voilà que progressivement, l’entourage, adultes et parfois mêmes enfants, relève presque systématiquement la variations du jeune chanteur coupable de lèse-mélodie officielle. Le grand cerf se chante comme ça et pas autrement, même chose pour Cadet Rousselle, Meunier tu dors, etc. Bien entendu, ça n’est jamais un drame, personne n’en fait une affaire d’importance (sauf peut-être dans les écoles de musique), mais quand même, c’est mieux si c’est chanter comme il faut. Bien entendu plus la chanson est connue, ou sensée l’être, plus la vigilance est stricte. Qu’elle soit issue du répertoire traditionnelle ou composition originale, nombreux, trop nombreux, sont ceux qui, connaissant ce qu’ils considèrent comme la bonne version, ne peuvent s’empêcher de remettre les délinquants mélodiques sur le droit chemin.
Ils ont bien tort.
D’abord, les chansons traditionnelles – c’est la majorité du répertoire chanté par les enfants – n’ont pas de version « officielle ». Une version plus connue que les autres sans doute (et encore d’une région à l’autre ça n’est pas forcement la même), mais par essence elles sont censées se transformer sans cesse et ainsi avoir plusieurs versions différentes en circulation. En effet, elles ont souvent beaucoup voyagé de bouche à oreille, de bouche à mémoire et du coup bénéficié de la créativité, volontaire ou non, de nombreuses personnes. Certes les enregistrements ont tendance à fixer un peu les mélodies, mais rien n’interdit de penser qu’une heureuse variation puisse encore de nos jours se propager rapidement et être reprise par de nombreux chanteurs donnant ainsi un peu de sang neuf à la chanson. Bonne raison donc pour accueillir avec bienveillance les inventions mélodiques spontanées.

MINIATURES
Pour les chansons qui ont un compositeur identifié, que ce soit « Il pleut, il, pleut bergère » de Fabre d’Églantine (1750-1794), « Colchique dans les prés » de Jacqueline Debatte (une cheftaine scoute) ou la dernière chanson de Steve Waring, il existe bien sûr une version « officielle ». Cela à mon avis ne change pas grand-chose. Pour les plus populaires, elles finissent par être considérées comme faisant partie du répertoire traditionnel et du coup subissent les mêmes transformations. Les compositeurs morts n’en prendront pas ombrage et pour les vivants, s’ils ont deux sous jugeote il se réjouiront : c’est le plus bel hommage que l’on puisse rendre à leur création! (1) D’une façon générale, la présence sur le papier ou enregistrée de la chanson préserve son intégrité, on peut toujours s’y référer. Les variations quand il y en a, prouvent que la chanson est chantée donc appréciée, tant mieux pour elle.
Mais, vous vous en doutez, mon objection principale à l’orthodoxie mélodique systématique est d’un autre ordre.
Si la sécurité routière et l’orthographe, les règles du basket-ball et les tables de multiplication donnent lieu à des contenus d’apprentissages précis (même si les méthodes peuvent varier) les domaines artistiques doivent être avant tout, pour les jeunes enfants, une terre de liberté.
D’abord parce que la liberté, en particulier la liberté d’expression, fait elle aussi l’objet d’un apprentissage. Pour se l’approprier, il faut pouvoir beaucoup l’expérimenter et être régulièrement encouragé à en faire usage. La vie des enfants est saturée d’interdictions, de limites et règles en tout genre. Le dessin, la danse et la musique, chansons en tête, devraient être des sanctuaires au sein desquelles toute transmission d’adulte à enfant se fait sur le mode de la proposition ouverte, celui qui reçoit ayant toute liberté pour s’approprier sans contrainte ce qu’on lui donne.
« La tolérance n’est pas une position contemplative, dispensant des indulgences à ce qui fut ou à ce qui est. C’est une attitude dynamique, qui consiste à prévoir, à comprendre et à encourager ce qui veut être. » a écrit Claude Lévi-Strauss. Voilà qui s’applique parfaitement à notre sujet du jour. Les adultes doivent, au moins dans le domaine des activités d’expression, encourager et non pas brimer la liberté des enfants.
Cette attitude n’est pas du tout contradictoire avec l’apprentissage des techniques spécifiques à chaque discipline. Mais chaque chose en son temps, d’abord la liberté. – Je vous épargne ici un long développement sur la chronologie, l’ordre priorité et l’articulation entre usage enthousiaste de l’imagination et apprentissage des savoirs. -
Aussi anecdotique que cela puisse paraître, les « erreurs » mélodiques que l’on corrige sont une parfaite illustration de ce qui précède. De bonne fois et sans réfléchir, on rechante « comme il faut » la mélodie chantée de travers. « De travers » ? Non, librement, c’est comme ça qu’il faut l’entendre. Après tout, il ne viendrait à personne l’idée de dire à un enfant que son dessin de panthère ou de pâquerette n’est pas ressemblant ? (2)
Pour finir, je voudrais répondre à l’objection que l’on fait souvent à cette façon d’envisager les choses. Si les enfants, dit-on, déforment les mélodies, dessinent mal ce qu’ils prétendent représenter, etc… c’est simplement parce qu’ils n’y arrivent pas. Ils n’ont pas du tout l’intention de faire des variations personnelles, mais ils ne se rendent simplement pas compte de la maladresse de leur production. C’est bien là un raisonnement d’adulte usant de catégories bien raisonnables et parfaitement inappropriées.
Comme celle de liberté et d’expression personnelle, les notions de fidélité au modèle, de bien faire, mal faire (en matière de chanson, de dessin, etc.) seront longues à se préciser. C’est très abstrait pour les jeunes enfants. Tout à vrai dire est joyeusement mélangé dans leur vie : le plaisir de faire, d’inventer, les sensations et les émotions qui se bousculent, l’encombrant désir des adultes de les voir faire ceci ou cela … Dans cet embrouillamini à nous d’ouvrir des portes, de proposer des chemins en privilégiant ceux qui mènent à une libre expression de soi sans trop nous préoccuper de savoir ce que les enfants peuvent, pourraient, doivent ou devraient faire.

GRAND PERE

Post-scriptum :
Qu’on peut ne pas lire si effectivement le temps manque pour une lecture intégrale.

Pour ne pas contredire mon propos en étant aussi rigide que les redresseurs de mélodie que j’ai fustigés dans cette chronique, je me dois de préciser les quelques circonstances pour lesquelles il faut chanter une mélodie et pas une autre.
En premier lieu la pratique du chant en groupe, chorale ou spectacle musical, demande un minimum de discipline mélodique, sinon c’est la cacophonie assurée.
Par ailleurs, l’aptitude à reproduire une mélodie avec précision est précieuse pour le musicien, aussi dans le cadre d’une formation musicale :  il faut s’assurer que l’élève développe cette capacité de mémorisation tout autant que celle d’improviser.
Enfin, il ne faudrait pas, sous prétexte de liberté, abdiquer tout jugement d’esthétique musical. Toutes les variations mélodiques ne se valent pas et dans certains cas il peut être légitime de faire valoir une mélodie originale quand elle est nettement défigurée. Typiquement, quand elle est réduite à deux ou trois notes lourdement scandées ou, plus rare, quand par l’adjonction de notes étrangères au mode elle devient incompréhensible. Certains errements rythmiques également méritent d’être rectifiés quand par exemple ils interdisent toute possibilité de chanter et jouer avec d’autres.

(1) : Veuillez excuser cet exemple personnel, mais rien ne me remplit plus de joie que ceux qui me soutiennent mordicus que « La chanson de l’écho » et « La ronde des musiciens » sont des traditionnelles – d’ailleurs généreusement transformées par la transmission orale, surtout la première.
(2) : Quoiqu’il me semble avoir déjà croisé des hystériques de l’orthodoxie qui en seraient bien capable.

A PROPOS DE : JAZZ A TOUS LES ETAGES

Les enfants, on ne le dira jamais assez, sont à priori ouverts à tous les styles de musique. Les adultes ont pour mission de laisser les portes de leurs émotions esthétiques grandes ouvertes, le plus longtemps possible. Difficile. La tentation est forte d’orienter les choix des petits en fonction des nôtres. Il est souvent assez compliqué de composer avec « le goût des autres » (adultes) alors, avec ces pâtes molles que sont les enfants, c’est l’aubaine. Je ne m’attarde pas, chacun voit de quoi je veux parler.
Sans être confidentiel, ou marginal, le jazz n’est pas une musique très grand public. Certes les amateurs sont nombreux, souvent passionnés et je ne doute pas que ceux d’entre eux qui ont des enfants partageront leur enthousiasme. Mais quand il n’y a pas d’aficionados à la maison (à la crèche, à l’école, au conservatoire …) les enfants risquent bien de passer au large de ce continent foisonnant sans jamais y aborder. Dommage.
Je vous propose ici une petite sélection, absolument pas exhaustive, d’enregistrements jazz « jeune public ». Pour ceux qui à priori n’aiment pas trop ce genre, mais qui s’efforcent d’offrir aux enfants qui les entourent les meilleures chances de devenir des amateurs de musique épanouis et ouverts, cette aventure sera peut-être l’occasion de faire de belles découvertes.

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Jazzoo – Jazzons avec les animaux
Oddjob
Harmonia Mundi 2015

A priori, un CD de musique (jazz donc) uniquement instrumentale ne semble pas le plus indiqué pour aborder le genre. Et bien le quintet suédois Oddjob nous prouve magistralement le contraire. Les 13 petites histoires sans paroles du disque nous font vivre de passionnantes aventures animalières qui se passent très bien de mots. Le livret toutefois donne pour chaque histoire un bref argument qui décrit une situation et peut servir de support à l’imaginaire de l’auditeur. Mais le titre peut suffire – « Le kangourou », « Le cheval et la guêpe », « Le chameau et le serpent », etc. Et même sans aucune indication il est possible d’imaginer pour chaque plage une petite histoire tant les musiques sont vivantes et colorées, pleines de rebondissements et de trouvailles sonores évocatrices.

La formation est classique : piano, contrebasse, batterie et deux « soufflants » – Flûtes, saxophones, trompette, clarinettes. Le son est excellent, l’interprétation inspirée et les compositions malicieuses et parfaitement adaptées aux petites oreilles. Que demander de plus ?

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Pierre et le loup et le jazz
The amazing keystone big band
Le chant du monde Harmonia Mundi 2012

A l’écoute de cette nouvelle version de Pierre et le loup une question se pose : comment se fait-il que personne (à ma connaissance) n’y ait pensé avant ? En dehors de quelques variations dans les traductions et le remplacement des cordes par un orgue de barbarie dans l’excellente version de l’ensemble instrumental de Basse-Normandie (voir dans les archives la chronique de ce CD) , l’histoire et la musique de Prokofiev ont presque toujours été prises au   »pied de la lettre ». Voici un peu d’air frais.
Les instruments qui représentent les personnages changent : Trombones et tuba pour le loup, flûte et trompette pour l’oiseau, sax soprano pour le canard, sax ténor pour le chat, sax baryton pour le grand-père, batterie pour les coups de feu des chasseurs et section rythmique (piano, basse, guitare) pour Pierre. The amazing keystone big band est plutôt bien inspiré et sacrément remuant, « ça dépote » et c’est très bien arrangé. La musique de Prokofiev est bien là, mais entièrement repeinte en jazz façon big band à la Duke Ellington. Une passionnante double page à la fin du livre nous éclaire un peu sur l’histoire du jazz en nous guidant à travers les styles qui rythment l’enregistrement. Après l’histoire, le big band nous propose 7 pièces inspirées des thèmes de Prokofiev, un régal. Si l’adaptation du texte en français, la narration et les illustrations de ce CD s’ajoutent « sans faire de vague » à la liste interminable des versions de Pierre et le loup, l’interprétation musicale est ici franchement novatrice. Et comme l’histoire est connue et appréciée par presque tous les enfants, ce livre disque lance une belle passerelle entre eux et le jazz.

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Jazz à la récré
Katia Goldman
Entouka productions 2007

Dans le même ordre d’idée que « Pierre et le loup et le jazz », « Jazz à la récré » s’appuie sur du connu pour faire découvrir le genre aux enfants. Ici, c’est le répertoire traditionnel qui est mis à contribution : le fameux « Cadet Roussel », l’indéboulonnable « Grand cerf », le sempiternel « Jean petit qui danse », l’inoxydable « souris verte », moulins, marionnettes et pommes de reinette … 14 titres en tout. Les arrangements de Pierre Carrié sont parfaits, c’est bien joué (piano, contrebasse, batterie plus un poil de sax, 3 titres avec violon, un avec flûte traversière), bien chanté, bien enregistré. Deux invités de marque ont participé au projet : Hal Singer (saxophone) et Didier Lockwood (violon). Je laisse le mot de conclusion à ce dernier : « La musique de jazz est un art qui doit se transmettre aux plus jeunes. Ce CD est une merveilleuse opportunité pour donner à nos enfants le goût de cette musique chatoyante, spontanée, réconciliatrice de toutes les cultures. Reprendre ces comptines dans les différents styles que le jazz nous propose ne peut nous conduire qu’à un plaisir musical simple et ludique. »

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Jazz accordéons à la récré
Marc Berthoumieux et Ludovic Beier
Trois p’tits cochon Eveil et découverte 2009

Même principe que le précédent : Colchique, alouette, clair de lune, petit navire, souris verte et compagnie à la sauce jazz. Le répertoire est un peu plus ouvert : 3 chansons anglophones (Ho Suzanna, Jingle bells et Amazing grace), la marche turque de Mozart et deux compositions des musiciens du disque. 7 des 18 titres sont joués type « instrumental » comme « Le loup le renard et la belette » ou « Savez-vous planter les choux ».
La particularité de ce CD est que les deux compères qui conduisent le projet sont accordéonistes. La boîte à frissons, qui s’entend si bien avec le jazz, est donc ici à l’honneur. Ça swing gentiment, le style est assez « chansons jazzy » plus que jazz pur et dur. Deux accordéons donc, deux chanteuse, guitares, contrebasse, percussions, sax, flûte et clarinette. Deux chansons sont interprétées avec énergie par Sanseverino en personne.

 

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Jazze toujours tu m’intéresses
Jean Andréo et les flextribu
Lugdivine

Beaucoup d’Andréo et de Forestier dans la liste des musiciens de ce CD. Une affaire de famille donc. Ca s’entend, il y a une ambiance qui mêle complicité, simplicité, humour et enthousiasme. Mais attention n’allez pas imaginer un petit disque familial à la « va comme j’te pousse », « ça joue » vraiment comme il faut. Jean Andréo, auteur et compositeur des chansons de l’album aime le jazz ou mieux, les jazz. Il aime les mots aussi, ses textes malicieux, un peu compliqués pour les plus petits, réjouiront les amoureux de la langue. Mes préférées : « Enquête d’un privé de dessert » (arrangements de cuivre excellents), « DS cherche bahut » et « La trottinette » (joli thème, belle polyphonie). Un très chouette album.

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Django Reinhardt
Gallimard jeunesse 2010

Parmi les livres disques consacrés à un jazzman en particulier, ce petit Gallimard jeunesse (6-10 ans) sur Django est des plus recommandable. La vie du célèbre guitariste manouche est joliment résumée en 13 plages de musique bien choisies (35 minutes en tout). Le texte de Stéphane Ollivier bien adapté à l’âge des jeunes auditeurs, efficacement porté par la voix de Lemmy Constantine et joliment illustré par Rémi Courgeon et un beau choix de photos anciennes, tout concours à nous rendre maître Reinhardt familier ainsi que son style si particulier : le jazz manouche.

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L’alphabet du Jazz
Yvan Amar / Claire Babin
Gallimard musique 2001

Pour les plus grands, adultes compris. 35 plages pour découvrir (en deux CD) 35 musiciens parmi les plus représentatifs du genre, de Duke Ellington à Michel Petrucciani, pour la chronologie, ou de Louis Amstrong à Lester Young, pour l’ordre alphabétique qui structure ce petit livre disque très bien fait. La sélection tant des artistes que des pièces est, à mon avis, très pertinente. Inutile de préciser que chaque amateur de jazz en aurait fait une autre, mais bon, les néophytes y trouveront leur compte. Les textes de présentation sont synthétiques et efficaces. L’iconographie, alternant illustrations, peintures et photos, est magnifique. Bref du beau travail

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Le jazz – Charlie et le jazz
Henri Texier (musique) / Leigh Sauerwein (texte)
Gallimard Jeunesse 2002 Mes premières découvertes de la musique

L’histoire racontée en musique dans ce petit livre disque est assez simple : les animaux d’un zoo sont libérés par le raton laveur pickpocket qui a subtilisé les clefs du gardien. Ils font la fête toute la nuit et au matin les visiteurs découvrent les pensionnaires du zoo endormis dans leur cage. Le gardien, finalement convié à la fête, se demande s’il n’a pas rêvé.
Comme souvent dans cette collection, ce n’est pas très copieux. L’histoire dure un peu plus de 10 minutes et la maigre présentation des instruments qui la suit à peine 5 !
Alors quoi ? Alors, il se trouve que la musique a été confiée à Henri Texier et son quintet. C’est somptueux. Un swing remarquable et une inventivité enthousiasmante vous transporte au cœur du « Jazz land » dès les premières mesures.

Enfin, pour les parents qui souhaitent s’y mettre vraiment:

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Savoir écouter le jazz
Frémaux 2007

21 plages de classiques (Armstrong, Ellington, Basie, Hampton et compagnie) avec un livret très pédagogique qui vous guide à travers les instruments, l’histoire, les formes et les pratiques du jazz.

Ces chroniques étant régulièrement mises à jour, je compléterai cette discographie au fur et à mesure de mes découvertes; si vous avez des suggestions, n’hésitez pas à nous envoyer un petit mail.

 

A PROPOS DE : LES CONCERTS DE CHANSONS POUR ENFANTS

Précisions liminaires que l’on peut passer si l’on sent qu’on ne va pas avoir le temps de lire toute la chronique

Les chanteurs pour enfants, comme les autres, se lancent parfois dans la réalisation d’un CD enregistré en public. Citons Vincent Malone, Steve Waring, le groupe Bouskidou. L’entreprise est délicate et le résultat pas toujours convaincant. Une chose est sûre : si un enregistrement « live » peut donner une idée de l’ambiance d’un concert, ça ne le remplace en aucune façon. La plupart des chansons qu’on y entend sont souvent déjà enregistrées sur des albums studio et parfois dans des versions très proches de celles du concert. Les vidéos donnent bien sûr une meilleure idée (Imbert et Moreau et Henri Dès s’y sont essayés) mais comme pour les CD c’est plutôt à prendre comme des bandes-annonces qui donnent envie – ou pas – d’aller voir.

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Maintenant, la chronique pour de bon

Voilà 10 bonnes raisons d’aller voir un concert de chansons pour enfants :

1. Pendant que tu es au concert, tu n’es pas scotché devant un écran, ça ne peut pas faire de mal.
2. C’est l’occasion de sortir avec les copines et les copains ailleurs qu’au fast-beurk-food ou au ciné.
3. C’est souvent à l’occasion d’un concert que naissent les grandes vocations de chanteur ou de musicien. Ça serait dommage de passer à côté.
4. Au concert, tu vois les instruments que tu entends et ça change tout. Quand on voit les musiciens en action, on « comprend » mieux les détails de la musique.
5. Quand tu vas voir une chanteuse ou un chanteur que tu connais déjà et que tu apprécies, si tu n’es pas timide, tu peux aller les voir à la fin du concert pour parler un peu, te faire dédicacer un disque ou une affiche.
6. C’est l’occasion de sortir un peu tes parents et de partager quelque chose que tu aimes avec eux.
7. Il ne faut pas hésiter à aller voir des artistes que tu ne connais pas encore. Une belle découverte, un coup de cœur viennent plus facilement en concert qu’en écoutant un enregistrement.
8. Même si tu connais toutes les chansons du concert, les versions « live » sont souvent bien différentes des versions enregistrées. Sur scène, les artistes ont plus facilement tendance à improviser, à faire les fous, à bousculer leur propre répertoire. Et les surprises, c’est bon pour la santé, à bas la routine !
9. Entre les chansons, beaucoup de chanteurs (- euses) profitent des présentations pour raconter un peu de leur histoire, la leur ou celle de la chanson. C’est souvent drôle, émouvant ou instructif !
10. Tous les concerts ne sont pas du genre : on écoute la jolie chanson, on applaudit, on écoute la jolie chanson, on applaudit… Des fois on peut danser, crier, chanter à tue-tête, faire des gestes hirsutes bref participer, vivre activement le moment partagé.

POST-SCRIPTUM
Qu’on peut ne pas lire si effectivement le temps manque pour une lecture intégrale !

Les bals pour enfants, malheureusement trop rares, sont aussi de belles occasions de sortir de chez soi. Si la musique sur scène (1) et le « côté spectacle » peuvent souvent rivaliser avec les concerts, c’est surtout dans la salle que « ça se passe ». La danse, collective la plupart du temps dans les bals pour enfants, est en effet un formidable catalyseur de rencontres et de partage, ce que les concerts – surtout façon récital – n’offrent que rarement ou en tout cas avec moins d’intensité.
Bref, surveillez de près dans les programmations » jeune public » ces occasions, rares mais souvent mémorables, de faire la fête.

(1) : Si c’est de la musique enregistrée, laissez tomber. Des musiciens en chair et en os, c’est le moins que l’on puisse demander pour un bon bal !

A PROPOS DE : CHANSONS ACTIVES

Une chanson ça s’écoute d’abord. Et puis, mais c’est déjà optionnel, ça se chante. Soit avec celui qui la chante (en concert ou avec un enregistrement), soit tout seul dans sa cuisine, en voiture ou sous la douche. Ça se fredonne, se murmure, se braille à plein volume, vous trotte dans la tête, se chante en chœur, à la chorale, vous offre une minute de gloire au concours de karaoké ou pendant la veillée au coin du feu (surtout si vous vous accompagnez à la guitare)

Bien, et quoi d’autre ?
Pour les grands, pas grand chose. Pour les enfants dans bien des cas, c’est différent.

Le répertoire de l’enfance offrent souvent d’autres possibilités. Les chansons à danser et les chansons à gestes arrivent les premières à l’esprit. Il y a aussi des chansons en formes d’énigmes ou de jeux musicaux…
On ne devine pas toujours que telle chanson se prête à plus qu’à la simple écoute. C’est ici que je sors mon couplet sur les livrets des CD. Lisez-les ! Et en détail s’il vous plait. Faute d’une transmission orale, d’une animation vivante, c’est souvent le seul moyen qu’ont les musiciens de vous faire partager toutes les ressources de leur répertoire. La plupart des livrets donnent le textes des chansons. Les plus généreux y ajoutent des commentaires sur l’histoire et la provenance des chansons, les accords pour l’accompagnement voire la partition et les instruments utilisés – soit une liste pour l’ensemble soit, et c’est mieux, les instruments pour chaque chanson. Mais c’est aussi dans ces pages que l’on trouvera de précieuses indications comme les pas de danse, les gestes et les mouvements qui correspondent au texte et d’une façon générale tout ce que ne dit pas le texte mais que l’on peut faire à partir des chansons, les modes d’emploi en quelque sorte. Oui, vous trouverez tout ça dans les livrets … quand ils sont bien faits – j’admets volontiers que ça n’est pas toujours le cas, hélas.

14 demoiselle coccinelle

Voici une liste – non exhaustive – qui vous montrera à quel point le répertoire enfantin peut être riche de formes diverses et parfois inattendues. A chaque genre de chanson peuvent être associés un ou plusieurs intérêts spécifiques. Le dénominateur commun à toutes est qu’elles enrichissent, en quantité comme en qualité, les liens qui nous unissent les uns aux autres.

- Chansons à danser : Les paroles de ces chansons donnent souvent des indications plus ou moins complètes sur les pas et les déplacements. « Jean petit qui danse » ou  » Le boogie-woogie » par exemple.
- Chansons à répondre : un chanteur chante une phrase et tout le monde répète après lui. Ce ping pong musical peut n’être mis en place que sur le refrain ou le couplet. Parfois c’est pour toutes les phrases de la chansons.
- Chansons à gestes : Il s’agit tout simplement de mimer ce qui est chanté, les personnages la chanson et ce qu’ils font bien sûr, mais aussi le soleil, la mer, le vent etc.
- Sauteuses : Chansons acrobatiques au cours desquels un adulte fait sauter l’enfant sur ses genoux. « A dada sur mon bidet » est sans doute la plus connue.
- Chansons-devinettes : le texte de la chanson propose une énigme à résoudre, un intrus à trouver etc.
- Chansons en mouvement : entre la danse et le la chanson mimée, certaines chansons invitent à jouer une scénette (« Une puce un pou » par exemple) ou à se déplacer d’une façon particulière (« J’aime la brousse »).
- Les chansons- jeux : Certains jeux sont basés sur une chanson comme « Le fermier dans son pré ». On chante aussi sur les marelles et en sautant à la corde.
- Jeux musicaux chantés : Volontairement ou non pédagogiques, ces chansons invitent les enfants à frapper des rythmes, à les reproduire, les accélérer, les déformer, ou encore à chanter de phrases de plus en plus longues (chansons à récapitulations), à jouer sur les nuances (piano, forte ) etc.

enfants

Notez enfin qu’une simple chanson « juste à chanter » (sans animation particulière) peut devenir, selon vos envies et votre imagination, une chanson « active » : à danser, à geste, à répondre etc. A vous de trouver celles qui se prêtent à ces évolutions.

A PROPOS DE : Nommer, classer définir

« Des enfants de ce monde ou bien de l’autre chantaient de ces rondes aux paroles absurdes et lyriques qui sont sans doute les restes des plus anciens monuments poétiques de l’humanité. »

Guillaume Apollinaire

Jeux de nourrices, formulettes, berceuses, chansons de portages et sauteuses, comptines, jeux de doigts, jeux de mains, chants de circonstances et rengaines, jeux dansés et premières rondes : c’est sous ces différentes rubriques qu’est classé le contenu (48 plages) du CD « Petit oiseau d’or » (une référence !) dirigé par Anne Bustaret(1). On peut détailler plus encore ou au contraire choisir des catégories plus larges et donc moins nombreuses. Quelque soit le mode de classification et les terminologies employées, il est toujours bon de s’interroger sur la forme et les intérêts spécifiques de chaque « chanson ». En l’absence de définitions officielles, chacun bricole les siennes en fonction de ses expériences et de ses centres d’intérêt. Par exemple, la définition que je donne des jeux de nourrices (jeux adressés à de très jeunes enfants, basés sur une formulette, une courte chanson, une petite histoire qui se pratiquent à deux, un adulte, un enfant ; les deux « joueurs » sont en contact physique) est liée à mon intérêt pour les aspects relationnels dans les activités d’éveil. Une approche historique ou une autre, centrée sur le développement sensori-moteur de l’enfant conduirait sans doute à des définitions bien différentes. Mais, il y a un temps pour la théorie, un autre pour l’action. En situation l’essentiel est de choisir judicieusement ce que l’on va proposer aux enfants sans trop se préoccuper de savoir sur le moment, s’il s’agit d’une « sauteuse de circonstance », d’une « formulette dansée » ou d’une « comptine-jeu de doigt » !

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 Je profite de ce point sur les terminologies pour définir le mot formulette. Bonne occasion aussi pour faire le point sur le sens du mot comptine.

 Dans le domaine de la littérature, le mot formulette désigne des petites phrases au caractère fonctionnel répétées dans les contes. Par exemple dans « Barbe-Bleue » – un des plus célèbres parmi les Contes de Ma Mère L’oye (1697) – l’échange entre les deux sœurs: « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? – Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie. » est un bon exemple. On peut citer encore le fameux « Tire la bobinette … » du Petit Chaperon Rouge.

Dans le cadre de ces chroniques, nous retiendrons plutôt cette autre définition proposée par Marc Soriano : « Chansons, jeux, rondes , devinettes, phrases-incantation tantôt rimées tantôt assonancées à la fois verbales et mimées et qui accompagnent l’enfant tout au long de son développement. Elles bercent ses premiers sommeils, rythment ses premiers gestes et les harmonisent en jeux, lui apprennent à inspecter et à reconnaître ses mains, ses doigts et diverses parties de son visage, le font rire quand il pleure ou lui suggèrent un rite rassurant quand il est inquiet ou nerveux. Il en existe pour toutes les circonstances de la vie, la faim et la soif, la colère et l’ennui et aussi pour le besoin de s’enivrer de mots lesquels ne sont pas pour autant de pures jongleries verbales, car une phrase apparemment sans aucun sens pour un adulte peut en avoir un pour un enfant et contenir des associations d’idées, des comparaisons des jugements négatifs, des prises de conscience qui contribuent à son développement. »

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Un mot à propos des comptines. Le terme est apparu dans les années 20 (2). Au sens strict, ce sont des formulettes de désignation ou d’élimination : un texte court scandé ou chanté avant le jeu pour désigner celui ou celle à qui sera dévolu un rôle particulier, « s’y coller » ou être « le chat » par exemple. « Am stram gram », « Une souris verte » en sont les représentantes les plus connues.

Le terme est aujourd’hui entendu dans un sens plus large, il désigne toujours un texte court, scandé ou chanté, souvent rimé ou assonancé à destination des jeunes enfants. Nos formulettes ainsi que les jeux dansés, les chansons à gestes, les jeux de doigts, etc. sont aujourd’hui souvent rangés dans cette catégorie vaste et mouvante. C’est en fait devenu un terme générique commode que l’on associe au répertoire des tout-petits.

 

Pour rédiger cette chronique, je me suis servi (comme tout le monde !) de plusieurs contributions de Marc Soriano publiées dans l’Encyclopédia Universalis.

La lecture de Rimes et comptines, d’Évelyne Resmond-Wens Erès 2008, sera également utile à qui veut approfondir sa connaissance du sujet.

 (1) : Petit oiseau d’or, Nathan, 1983, conception et direction d’Anne Bustaret

(2) : Dans le livre de Pierre Roy « Cents comptines » , 1926. L’auteur prétend qu’il doit le terme à un enfant dont il collectait le répertoire.

A propos de : LES JEUX DE NOURRICES

Que ce soit dans les lieux d’accueil collectif, chez les « nounous » et dans les familles, les jeux de nourrices ne sont plus très populaire. Comme leur nom l’indique, ils étaient « la spécialité » des nourrices qui avaient en charge un enfant (parfois deux) – souvent pour l’allaiter à la place de la mère. Bien entendu, les autres adultes entourant les enfants étaient amenés occasionnellement à les pratiquer, tout le monde en connaissait au moins quelques-uns, ils faisaient partie du quotidien. Jeux rituels et répétés, proposés dès les premiers mois, ils servaient à distraire, rassurer, apaiser, à passer le temps. Il n’y a plus guère de nourrices (au sens premier du terme) aujourd’hui. Le répertoire a été plus ou moins conservé, mais la pratique a beaucoup reculé. Pourtant quel trésor !

mère enfant

Avant d’aller plus loin je propose une définition, une parmi d’autres possibles, la notion est un peu imprécise. J’appelle jeux de nourrices les jeux adressés à de très jeunes enfants, basés sur une formulette, une courte chanson, une petite histoire qui se pratiquent à deux, un adulte un enfant. « Bateau sur l’eau, « à dada sur mon bidet », les sauteuses ou les jeux de doigts en sont des exemples typiques.

Ces jeux ont des particularités, à mon avis, très intéressantes. Le rapport privilégié qui s’instaure dans ces circonstances entre l’adulte et l’enfant est très fertile. D’abord, le rapport duel permet une grande plasticité. Chaque jeu, chaque chanson, le choix même du répertoire sera adapté au plus près de l’enfant singulier à qui il va être proposé. D’autre part la proximité physique – l’enfant est souvent sur les genoux, où on manipule ses mains , on touche son visage, on le porte, etc. – et « l’intimité » – les autres sont provisoirement exclus – offrent une grande sécurité affective. Les jeux de nourrices conviennent aux timides, adultes ou enfants ! Dans ces moments précieux, des liens se tissent, des émotions s’échangent. Le groupe nous contraint toujours à « surveiller », à contrôler notre comportement ; la complicité d’un moment « juste toi et moi » au contraire nous autorise le lâcher-prise. Même entre une mère et son enfant, quelque chose de plus se construit par le biais de ces jeux, alors pour les pères, les puéricultrices, les nounous et tous ceux qui côtoient les tout-petits quels bénéfices inestimables !

Deux clefs pour bien jouer : répétition et répétition.

Un secret pour bien réussir les jeux de nourrices (mais est-ce vraiment un secret ?) c’est de bien répéter avant de se lancer. D’abord bien apprendre le texte. La plupart du temps il est très court, mais attention il faut toujours dire les mêmes mots et si possible avec les mêmes intonations. N’oubliez pas que le jeu de nourrice est proche d’un rituel. Ensuite préciser les gestes, les mouvements, etc. pourquoi pas devant un miroir ou avec un adulte « consentant », d’accord pour vous servir de cobaye. Enfin, bien choisir les premiers enfants à qui vous allez proposer le jeu ainsi que le moment le plus propice. Les premières fois sont importantes pour vous comme pour les enfants : si ça ne marche pas bien, les enfants seront moins enclins à refaire ce jeu et vous serez moins à l’aise pour le proposer à nouveau.

main gauche avec chapeauMême bien réussies les premières fois ne sont jamais les meilleures. C’est dans la répétition que les jeux de nourrices dévoilent tout leur potentiel. Plus l’enfant connaît chaque détail, chaque évènement – avant tout la « chute »- plus il prend de plaisir. Immanquablement, même si il parle à peine, il dira progressivement les mots avec vous. Les bébés réagissent aussi à ces répétitions en montrant leur intérêt et leur impatience par les gestes, le babil et les regards. Quant aux plus grands, ils finiront pour s’approprier complètement certains jeux et à y jouer entre eux ou mieux, à inverser les rôles en faisant le jeu pour vous !

Un petit jeu de nourrice, c’est à peine une minute, une parenthèse, du presque rien. Un rapport singulier à l’autre aussi, une implication particulière de l’adulte. Un savoir-faire et un savoir-être. Un peu de l’essentiel s’illustre là, dans ces jeux lilliputiens.

Bien sûr, il faut se dévoiler, s’impliquer, et puis s’extraire du groupe et de ses demandes (sa tyrannie diront certains), choisir le bon moment, avoir du répertoire. C’est beaucoup … au début. Mais quand on se lance et que « ça marche » que de beaux fruits récoltés, que de joie, que de rires, des instants de grâce peut être. J’exagère ? Essayez !

Repères discographiques

Les jeux de nourrice, même quand ils sont chantés, sont plus proches des jeux que des chansons; on les joue, on les anime, on les partage physiquement. Les écouter assis bien sagement devant l’appareil à musique ou en « musique de fond » n’a pas grand sens. Les enregistrements sont une façon de diffuser le répertoire, à vous de vous en emparer et de jouer avec les enfants sans intermédiaire. Aussi, pour cette discographie j’ai choisi les CD surtout pour le répertoire qu’ils contiennent en étant peut-être un peu moins tatillons en matière de qualités techniques, musicales et d’interprétations.

9782278056491-G-2Les jeux chantés des tout-petits 0-3 ans
Didier jeunesse 2007 et 2013
42 jeux chantés (surtout jeux de doigts) en 28 minutes (pas de longueur !)
sélectionnées et commentées par Evelyne Resmond-Wenz
livre 22 x 24 Direction musicale Prual
N.B : Ne vous laissez pas abuser par le stiker ridicule de la réédition 2013 (« Le best des crèches et des maternelles ») qui rappelle les compilations piteuses qui fleurissent régulièrement dans les bacs des disquaires, c’est un très bon (et beau) livre-disque.

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75 Chansons, comptines et jeux de doigts
Enfance et musique 1987
Beaucoup des titres de ce CD très populaire entrent dans la catégorie des jeux de nourrice telle que je l’ai proposée au début de la chronique.
(Vous trouverez dans le copieux catalogue des productions d’Enfance et musique d’autres cd contenant des jeux de nourrice pour alimenter votre répertoire)

Petit oiseau d’or (plus édité)
Nathan 1983
Toujours une référence 30 ans après sa sortie. Une cinquantaine de titres réunis par Anne Bustaret qui regroupe une bonne partie de ce que l’on peut considérer comme le corpus de base des chants et des jeux traditionnels pour les tout-petits.

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Mon imagier des amusettes vol. 1 et 2

Gallimard jeunesse 2001/2011 et 2007/ 2010
2 fois 16 chansons traditionnelles. Beaucoup de jeux de nourrice expliqués en images. Du beau travail en collaboration avec Anne Bustaret – gage de qualité.

Comptine, berceuses et jeux chantés d’Europe (plus édité)
Nathan (1992/1997/2005)
Idéal pour un répertoire ouvert sur le monde (voir la chronique à ce sujet dans les archives). 10 pays d’Europe sont représentés. Devinez qui est à la conception pédagogique : Anne Bustaret !

Parmi les règles que je me suis fixées pour l’écriture de ces chroniques, il y en a une, évidente, qui m’interdit de chroniquer mon propre travail. Je me contenterai donc ici de mentionner, sans plus de commentaire, les références des CD de Mandarine qui contiennent des jeux de nourrices.

« Miniatures » (manda 2607)
« Deux mains, dix doigts » (manda 1910)
« Bel oiseau » (à paraître)
Association Mandarine 2007 2010 2014

A propos de : CONNAISSEZ-VOUS BIEN LES CHANSONS DU PATRIMOINE ?

Mandarine et les autres

« Au clair de la lune », « Ainsi font les petites marionnettes », « A la claire fontaine », « Frère Jacques », « La mère Michel », « Sur le pont d’Avignon », « Bateau sur l’eau », « Une souris verte », « Dansons la capucine », « Fais dodo Colas mon p’tit frère ». Qui ne connaît pas ces dix chansons – au moins les premiers vers ?

Allez, en voilà dix autres, à peine moins célèbres. Je parie que vous en connaissez au moins la moitié : « Jean petit qui danse », « La petite poule grise », « Dans sa maison un grand cerf », « Le furet », « Le bon roi Dagobert », « Savez-vous planter les choux », « Nous n’irons plus au bois », « Il était un petit homme », « Prom’nons nous dans les bois », « Tape, tape petite main ».

Toutes ces chansons ont en commun de faire partie de notre patrimoine national de chansons enfantines. A ce titre les adultes ont en charge de les transmettre aux générations suivantes.

A vrai dire, une grande partie de cette transmission se fait traditionnellement d’enfant à enfant. Je suppose que c’est toujours le cas aujourd’hui. Par contre, d’évidence, on chante de moins en moins dans les familles et pas toujours beaucoup dans les lieux d’accueil de la petite enfance.

Je vous propose donc quelques CD, quelques livres et un petit questionnaire qui vous permettra de tester vos connaissances, tout ça pour vous donner envie de vous pencher sur ces petits trésors de la mémoire collective. Ils appartiennent à tout le monde, chacun se doit de les faire vivre, c’est à dire les connaître (à vos révisions !) et les transmettre (à vos guitares – a cappella c’est très bien aussi).

Questions

1. Quel point commun y a t’il entre « Il pleut, il pleut bergère », « Jean de la lune » et « Colchiques dans les prés » ?

2. En plus d’avoir pour personnage principal un animal de la ferme « Mon âne » et « Ah tu sortiras biquette, biquette » ont en commun d’être des chansons à récapitulation – à chaque couplet on ajoute un élément puis on récapitule ceux des couplets précédents. Quel est l’autre nom de ce type de chanson ?

3. Quelle est la particularité musicale de « Frères Jacques » ?

4. Connaissez-vous les chansons jusqu’au bout ? Par exemple : Que devient le chat de la Mère Michel ? Et le chaton de « Il était une bergère » ?

5. Retrouvez dans le répertoire un rossignol, une cigale et des hirondelles.

6. Que fait-on quand on chante « Jean petit qui danse », « Dansons le capucine » et « Le fermier dans son pré » ?

7. Trouvez deux chansons avec lesquelles on apprend les jours de la semaine.

8. « Au clair de la lune » met en scène un personnage de la commedia dell’ arte : Pierrot. Connaissez-vous des chansons qui évoquent d’autres figures de ce répertoire ?

9. Pourquoi le tabac de ma tabatière n’est-il pas pour ton vilain nez, plutôt que par exemple pour ta pipe tordue, ton affreux narguilé ou tes horribles poumons ?

10. D’où vient la version la plus connue (il en existe beaucoup d’autres) de A la claire fontaine ?

Réponses

1. On connait le nom des auteurs : Fabre d’Eglantine (1750-1794) pour la première, Adrien Pagès pour la deuxième qui date de 1889 et Jacqueline Debatte (une cheftaine scout) pour les colchiques.

2. Une randonnée

3. Cette chanson peut se chanter en canon. Même chose pour « Vent frais, vent du matin », « La cloche du vieux manoir » et « Dans la forêt lointaine ».

4.  » Pour un lapin votre chat est vendu. » répond le père Lustucru. Allez, à la casserole le matou ! Quant à la bergère, en colère, elle tue son chaton.

5. « Gentil coquelicot » pour le rossignol, « Nous n’irons plus au bois » pour la cigale et « Cadet Rousselle » pour les hirondelles.

6. Une ronde

7. « L’empereur sa femme et le p’tit prince » (« Lundi matin ») Si vous en connaissez une autre, faîtes le moi savoir, je n’ai rien trouvé de plus dans le répertoire traditionnel.

8. « Arlequin tient sa boutique » et « Polichinelle »

9. A l’époque où cette chanson a été popularisée (XVIIIè) on prisait le tabac (une pincée dans la narine et aspirez bien fort pour un éternuement salutaire) plus qu’on ne le fumait.

10. Du Canada

Discographie sélective

Dans les familles et les lieux d’accueil des très jeunes enfants, la transmission se fait soit oralement, les adultes chantent pour les enfants et avec eux, soit par le biais d’enregistrements qui, écoute après écoute, rendent les chansons familières aux petits auditeurs. Inutile de préciser que ma préférence va à la transmission de bouche à mémoire. Mais quitte à passer des CD (je sais, ce support est sans doute amené à disparaître, les utilisateurs de clefs USB, Ipod etc. , les aficionados de MP3 rectifieront d’eux-mêmes) autant en choisir des bons. Et la chose n’est guère facile. Les chansons pour enfants du patrimoine représentent en effet un filon commercial inépuisable et, comme toujours dans ces cas-là, pour une bonne interprétation on compte vingt enregistrements médiocres, nuls, ridicules, insultants, ringards, honteux, les adjectifs ne manquent pas pour qualifier cette indigeste production. Je vous propose donc une liste de quelques CD qui m’ont semblé de bonne qualité.

Outre mon goût personnel – je ne prétends pas échapper à la subjectivité – mes critères sont la qualité du chant, la richesse de l’instrumentation et la finesse des arrangements.

LA FENETRE

Chansons d’enfrance. Comme vous ne les avez jamais entendues !
J.J Comien et Olivier Delgutte
L’aventure musicale
17 chansons bien chantées avec de belles harmonies vocales et des arrangements variés (un peu « variète » des fois mais bon …), bien faits et parfois surprenants : rumba, blues, reggae, bossa, rock, valse etc…

Chansons de France pour les petits
Bernard Davois et Jean-Philippe Crespin
CD livre Gallimard jeunesse 2010
17 chansons bien chantées (enfants et adultes), joliment et simplement accompagnées. (A noter une très belle version de « Gentil coquelicot » et « Tout en passant près d’un petit bois », une très bonne chanson assez rarement chantée)

Anthologie de la chanson française
Marc Robine
Albin Michel 1994
26 chansons enregistrées par des musiciens traditionnels C’est un des 15 CD thématiques d’une magnifique et copieuse anthologie. On peut l’acheter à part.

Il était une chanson
Steve Waring
Casterman et Rym musique 1996
10 chansons seulement mais très bien arrangées et interprétées. A noter « Les crocodiles » – rare – et un très beau « Le roi a fait battre tambour ».

Et pour les jours où ces bonnes vieilles chansons du patrimoine vous semblent un peu « rengaine »(1) :

Les plus jolies chansons de notre enfance
Vincent Malone
Panama 2005
66 chansons traditionnelles copieusement détournées dont 34 enregistrées sur le CD. Album grand format. C’est plus pour les grands que pour les petits, c’est un humour noir et décapant plutôt « franc et massif ». Comme toujours avec « Le roi des papas », les arrangements sont bien faits, bien joués, bien enregistrés.

(1): « Une rengaine est un air qui commence par vous rentrer par une oreille et qui finit par vous sortir par les yeux. » Raymond Devos

LE FEU

Bibliographie sélective

Refrains d’enfance Histoire de 60 chansons populaires
Martine David et Anne Marie Delrieu
Hersher 1988
Un grand et beau livre très bien illustré, avec les partitions. La documentation est passionnante, le lecteur découvre avec étonnement l’origine, l’histoire (parfois mouvementée) et les variantes de 60 chansons du patrimoine, très connues pour la plupart.

Carnet de chansons
44 chansons traditionnelles pour enfants de 2 à 11 ans
Bruno Parmentier-Bernage
Magnard 2000
Toutes les plus connues y sont, assorties d’un petit commentaire historique, de la partition et d’une illustration. Simple et efficace. Classement par âge: 2-5, 6-8, 9 et plus.

Le livre des chansons Chansons de France et d’ailleurs
Claudine et Roland Sabatier
Gallimard jeunesse 2003
Plus de 200 chansons, traditionnelles pour la plupart, illustrées et sommairement commentées, avec la partition. Une cinquantaine d’entre elles se rattachent au répertoire enfantin.

Chansons de France
Maurice Boutet de Monvel
Hachette livre/Gautier Languereau 2008
Réédition de livres anciens (début du vingtième siècle), très populaires en leur temps et jusqu’à aujourd’hui, ce succès étant du aux magnifiques illustrations du peintre Maurice Boutet de Monvel. Une quarantaine de chansons parmi les plus connues avec les partitions. Trois volumes: « Tous en choeur », « Rondes et farandoles », « Berceuses et comptines » Il existe beaucoup d’autres éditions (Par l’école des loisirs notamment) de ces chansons illustrées.

A propos de : DERRIERE LA VOIX

Précisions liminaires (que l’on peut passer si l’on sent qu’on ne va pas avoir le temps de lire toute la chronique)

Les livres et les disques jeune public consacrés aux instruments de musiques ne manquent pas. Imagiers, albums illustrés, CD, CD-livres, CD-ROM présentant qui la flûte, qui la guitare, le violon ou la balalaïka inondent, sinon les bacs des disquaires (1), au moins ceux des bibliothèques.

Il y a fort à parier que je me pencherai sur cette abondante production dans une chronique future. Mais ça n’est pas l’objet de celle-ci. Je vais vous parler d’écoute, plus particulièrement de celle des instruments de musique que l’on entend sur vos disques de chansons préférés.

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Derrière la voix
Ecouter les instruments de musique dans les CD de chansons pour enfants

La plupart du temps la voix du ou des chanteur(s) sur les CD de chansons pour enfants est mixée « devant », franchement devant ! Ce qui veut dire qu’on l’entend beaucoup plus fort que les instruments et qu’à faible volume on n’entend quasiment plus qu’elle. Inutile de s’étendre sur le bien fondé de cette habitude : quand les enfants ne comprennent pas « ce que ça raconte », souvent ils décrochent et le beau texte, longuement médité par l’auteur avec son accompagnement musical subtil et inventif qui a demandé tant de labeur au compositeur – bref la chanson – ne sont plus qu’un vague fond musical qui pourrait aussi bien être remplacé par une niaiserie des playlist de radio. Donc, la voix devant.

Ecouter les instruments qui accompagnent les chansons n’est du coup pas si simple. Il faut tendre l’oreille et à vrai dire beaucoup d’adultes, qui pourraient guider les enfants dans cette découverte, n’ont pas eux-mêmes l’habitude d’écouter ce qui se passe « derrière la voix ». Allez, on s’y met aujourd’hui. Voilà quelques pistes qui vont vous aider :

1. Sur la plupart des livrets, on trouve la liste des musiciens et de leurs instruments. Dans le meilleur des cas, la liste des instruments utilisés est donnée pour chaque chanson – soit sur la page du texte, soit dans la liste générale avec des numéros de renvoi. Par exemple si vous lisez « Clarinette : Avilo Pouldu (5, 6, 12) » cela indique qu’on peut entendre de la clarinette sur les plages 5, 6 et 12 du CD – jouée par un certain Avilo Pouldu.

2. Certaines chansons sont richement orchestrées, d’autres se contentent d’un ou deux instruments. Par exemple, juste une guitare ou un accordéon et une flûte ou encore un piano et un violon. Choisissez celles-ci pour suivre et faire entendre tel ou tel instrument.

3. Les parties instrumentales – sans parole donc – sont aussi de bonnes occasions pour écouter et reconnaître les sons des instruments. Introductions, ponts ou solos, à vous de repérer ces moments propices. Certaines chansons n’en ont pas, « ça chante » tout du long !

4. N’hésitez pas à écouter soit un peu fort, soit au casque pour mieux détailler la musique. La qualité de votre matériel d’écoute entre en jeu bien entendu. Si vous écoutez en sourdine sur les haut-parleurs intégrés de votre ordinateur, vous ne ferez pas les belles découvertes qu’une bonne chaîne hi-fi ou un bon casque vous réservent.

5. Comme dans beaucoup d’apprentissages, l’écoute et la connaissance des instruments de musique deviennent de plus en plus passionnantes à mesure que notre oreille s’affine et que notre savoir s’étoffe. Visez loin. Au début, l’orchestration ressemble plus à un labyrinthe qu’à un jardin à la française mais au fur et à mesure de vos progrès le paysage s’éclaircit et quand on commence à bien se repérer l’envie vient vite de partager ces trésors avec les enfants qui nous entourent.

6. Enfin, la vue est la meilleure alliée de votre ouïe. Au concert (n’importe quel concert pourvu qu’il y ait des vrais musiciens et pas une bande-son), il est bien plus facile de suivre tel ou tel instrument simplement parce que l’on voit l’instrumentiste en action.

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Post-scriptum
Qu’on peut ne pas lire si effectivement le temps manque pour une lecture intégrale.

Pour finir, un mot sur Steve Waring. J’ai recensé dans l’ensemble de son répertoire pas moins de 13 chansons dont le sujet est un (ou plusieurs) instrument de musique et pas que les plus banals, loin s’en faut : « Flûte à eau », « Le rag du Kazoo », « Tom banjo », « Fais voir le son » (percussions corporelles), « piano à pouce » (sanza), « Cailloux bambous » (lithophone, gousse de flamboyant, bambous fendus: trois percussions étonnantes), « Orphéon », « Ukulélé », « flûte à piston », « Balafon », « Bâton de pluie », « Tuilophone », « Balafon-balalauze ». De plus l’album « Le colporteur » est entièrement consacré aux petites percussions et à divers objet sonores. Les compilations ne sont pas toujours pertinentes, mais là, je pense que ça vaudrait la peine de regrouper toutes ces chansons sur un beau livre disque. Maître Waring, si vous lisez ces lignes …

(1): Où acheter de la musique pour enfant ? Voilà un thème qu’il faudrait traiter au plus vite.