Archive | La discothèque idéale de M. Mandarine Fil RSS de la catégorie

La discothèque idéale de M. Mandarine : Les tableaux d’une exposition

         Précisions liminaires

(que l’on peut passer si l’on sent qu’on ne va pas avoir le temps de lire toute la chronique)

« Les Musiques Enchantées » des éditions Actes Sud Junior proposent des œuvres du répertoire classique pour le jeune public. De « L’enfant et les sortilèges » de Ravel au « Petit ramoneur » de Britten en passant par « L’Arlésienne » de Bizet, une douzaine de titres composent cette très belle collection. Format carré 210 x 210, beau papier, couverture légèrement rembourrée très agréable à manipuler, illustrations soignées et originales, enregistrements impeccables : du beau travail.

En matière de publication jeune public, livres, cd ou cd-livres, il est souvent utile de repérer les bonnes collections. En effet, une collection c’est souvent une équipe, une direction et les œuvres réunies dans un même ensemble sont souvent de qualité homogène. Donc quand un opus est bon, il y a fort à parier que les autres le seront aussi. Même chose si c’est mauvais ! Attention, cela s’applique aux collections mais pas forcément aux éditeurs, surtout les plus importants. Gallimard Jeunesse propose par exemple un grand nombre de collections d’inégale qualité.

 

Maintenant, la chronique pour de bon

 tableauxmusiquesenchantees

Un enfant se promène avec ses parents dans une exposition de peinture. Ce qui s’annonçait ennuyeux devient tout à coup magique quand il pénètre dans les tableaux !

Immergé dans les images musicales de Moussorgski, nous voyageons avec lui dans des mondes chatoyants et fabuleux (château mystérieux, marché animé, catacombes etc.) et nous rencontrons toute une galerie de personnages hauts en couleurs (la sorcière Baba Yaga, un horrible gnome etc.)

« Les tableaux d’une exposition » de Modeste Moussorgsky (1874) est une œuvre instrumentale pour piano. A l’origine donc, pas d’orchestre, pas de texte. Mais cette œuvre a rapidement inspiré de nombreux musiciens qui l’ont adaptée pour différentes formations. Nous entendons ici la plus fameuse de ces adaptations, celle pour grand orchestre de Maurice Ravel (1922). Elle est dirigée par Ricardo Mutti, pas moins !

Les images qui ont inspiré le compositeur n’existent plus aujourd’hui. Il s’agissait de dessins et d’aquarelles de Viktor Hartmann, un ami de Moussorgsky. Qu’importe, Sophie Humann qui a écrit le texte de notre enregistrement a de l’imagination. Elle décrit les tableaux visités uniquement d’après les titres et ce qu’évoque la musique. C’est vraiment très réussi, la narration très finement mêlée à la musique est très convaincante, on suit la visite de bout en bout sans jamais sortir de la magie des images-musiques de Moussorgsky.

La musique n’est jamais univoque, chacun la ressent à sa façon et quand on la prétend descriptive, les images que l’auditeur est supposé voir en imagination et en lien avec la musique sont en fait souvent proposées explicitement, par le titre au minimum.

Par exemple si l’on écoute « Les quatre saisons » de Vivaldi  les yeux fermés, en se laissant aller, les images qui vont venir seront différentes d’une personne à l’autre, à moins que l’on n’ait lu le « programme » proposé par le compositeur – et encore, chacun verra les paysages et les scènes à sa façon.

Proposer des images et des situations pour accompagner l’écoute des tableaux d’une exposition est, somme toute, une idée généreuse et certainement pas sacrilège.

La musique de Moussorgski, toute géniale qu’elle soit, ne va pas forcément toucher les jeunes oreilles.

Avec ce support, j’imagine que les enfants en entrant dans l’histoire à la suite du petit garçon happé par les images deviendront, presque à leur insu, familiers avec la musique ; et quand plus tard ils la réentendront sans le texte, le plaisir sera immédiat et d’autant plus grand qu’il sera directement connecté avec l’enfance.

Post-scriptum

(qu’on peut ne pas lire si, effectivement, le temps manque pour une lecture intégrale)

Comme plusieurs autres titres de la collection « Les musiques enchantées », « Les tableaux d’une exposition » n’est plus disponible. Mais les œuvres épuisées chez l’éditeur circulent souvent sur Internet et dans les bibliothèques. C’est le cas pour notre pépite du jour. Foncez !

Et si vraiment vous n’arrivez pas à mettre la main dessus il existe une autre version des tableaux dans la collection « Petit répertoire » chez Gallimard jeunesse musique. Un très court texte descriptif écrit et interprété par Muriel Bloch (une fameuse conteuse) ouvre chacune des dix parties de l’œuvre. La musique est arrangée pour un petit ensemble d’une dizaine de musiciens et interprétée par l’ensemble Carpe Diem.  C’est aussi très réussi.

tableaux2

LA DISCOTHÈQUE IDÉALE DE MONSIEUR MANDARINE : LÉO DÉCOUVRE LE BLUES

Un petit garçon, Léo, découvre l’univers et les personnages du blues. Magnifiquement racontée par Richard Bohringer, l’histoire est très bien écrite. Plus d’émotion et d’humour que de didactisme, une galerie de personnages hauts en couleur, une construction irréprochable et un résumé clair et pertinent des différentes étapes de l’évolution du genre : tout concoure à faire de ce CD une belle réussite. Il vaut mieux prévoir de l’écouter d’une seule traite (37 minutes) : une fois que l’on a embarqué avec Léo dans ce récit, difficile d’en sortir avant de connaitre la fin.

Léo-découvre-le-Blues
Il y a dans cette histoire une certaine retenue que j’ai trouvé très bien dosée. La musique blues a une toile de fond plutôt sombre : esclavage, misère, racisme, alcool, drogues, prostitution. La tragédie n’est jamais loin. Il est tentant, en racontant son histoire, de verser dans le « pathos à gogo » et, pire encore, de réduire le blues à son contexte, de laisser entendre qu’il n’a été joué que pour supporter la misère. Jean-Jacques Milteau et ses complices ne tombent pas dans ces chausse-trappes. Le CD s’adresse à des enfants, aussi, s’il ne s’agit pas de gommer systématiquement tous les aspects durs et violents de cette histoire, il faut en même temps proposer un récit où la vie l’emporte sur la tragédie, où l’émotion, toute poignante qu’elle puisse être, est « à la portée » du cœur d’un enfant. Sans compter que l’histoire, en plus d’être bien documentée, ne manque pas de pittoresque et de péripéties rocambolesques. Le texte et la voix qui le porte trouvent le registre juste. Bravo !

img_950
Les musiques de Manu Galvin et Jean-Jacques Milteau (des vieux de la vieille) sont fort bien faites et elles s’insèrent parfaitement dans l’histoire – ce qui n’est hélas pas toujours le cas dans ce genre de production.
On trouve dans le livre le texte intégral de l’histoire, un petit lexique, quelques pistes discographiques et de très belles illustrations de Jean-Michel Nicollet tout à fait en phase avec le sujet et le ton de l’histoire.
Il ne manque qu’un petit topo sur les instruments qui ont fait sonner cette musique tout au long de son histoire. Vous le trouverez sur différents sites de la toile comme itinéraires-blues.com, bebluesy.free.fr ou encore chemindublues.free.fr.

a

Léo découvre le blues

Livre-CD
Texte : Christine Mulard, Patrick Raynal et Jean-Jacques Milteau
Dit par Richard Bohringer
Musique Manu Galvin et Jean-Jacques Milteau
Quelques notes 1997 / Chant du monde 2003

LA DISCOTHEQUE IDEALE DE MONSIEUR MANDARINE : MADAME LA POULE DE CATHERINE PARIS

Madame la poule par Catherine Paris

17 petits bijoux de chansons pour les petits.
La voix blanche et un peu fragile de Catherine Paris peut surprendre. Ce genre de voix est assez inhabituel dans le paysage de la chanson jeune public. Pour moi c’est une merveille de simplicité, de proximité. Ça colle parfaitement avec les textes, les musiques et les arrangements qui sont, eux aussi, simples et sans « tape à l’oreille ». Mais simplicité et proximité ne riment pas ici avec simplisme et amateurisme. C’est fin, lumineux, bien écrit et original. Les mélodies en particulier sont très solides et les arrangements sans surcharge. Pas questions ici de subir le traditionnel défilé des styles convenus : un rock par-ci, une bossa par-là, un tango, une valse franchouillarde, une demi-parodie de rap, une pseudo mélodie africaine, un quatuor classique etc. L’album a son style propre.
L’ambiance de l’ensemble est franchement fantaisiste. Les éléments du quotidien font ici bon ménage avec une poésie pleine de malice. La complicité avec l’imaginaire des plus petits est remarquable à la fois par sa pertinence aussi bien que par son originalité. Pas question ici de subir le traditionnel défilé des thèmes convenus : et une chanson pour sauver la planète, une autre au sujet des bonbons, et la chansons des bêtises suivie de l’inévitable comptine traditionnelle revisité façon jazz , et un titre avec un invité exceptionnel, un autre avec un chorale bulgare etc.

une1
L’univers de « Madame la poule » est somme toute aussi singulier que convivial et il résiste à toute description un peu rapide. Je vous laisse donc découvrir les thèmes des chansons sans rien en dévoiler.
Bien entendu qu’il s’agisse de la couleur de la voix de Catherine, du style des musiques et de la poésie des textes, c’est suffisamment original pour froisser les oreilles de l’auditeur qui découvre l’album. A la première écoute vous allez sans doute adorer tout de suite ou ne pas aimer du tout. Je vous suggère si ça ne vous a pas emballé d’insister un peu, ce CD en vaut vraiment la peine. Qui sait si la deuxième écoute ne va pas vous laisser une petite mélodie dans un coin de la tête, un sourire au coin des lèvres, une émotion discrète au fond du cœur qui vous donneront envie de l’écouter encore et, finalement, de partager votre nouvelle découverte.

696

11 des chansons de l’album ont été écrites et composées par André Ricros, 3 par Alain Gibert et 3 en collaboration. Clément Gibert (le fils), Alain Gibert (le père) , Stéphane Arbon et Frédéric Paris (le papa de Catherine) arrangent et accompagnent (avec dans le désordre : contrebasse, mélodica, batterie, guitares, clarinettes, saxophone alto, trombone, percussions, ukulélé, accordéon diatonique, flûte) les 17 titres du CD. Pour ceux d’entre vous qui connaissent les lascars, vous pouvez constater que la belle est bien entourée. Pour ceux qui ne les connaissent pas, faîtes-moi confiance : rien que du beau monde.

Catherine Paris chante Madame la poule
L’auvergne imaginée 2011

Vous trouverez dans nos chroniques un portrait d’artiste d’Alain Gibert avec sa discographie ainsi qu’une présentation de « Belle pomme d’or » et « Petite alouette » les excellents albums de Frédéric Paris. On y entend Catherine, enfant, qui fait ses débuts de chanteuse !

LA DISCOTHÈQUE IDÉALE DE MONSIEUR MANDARINE : JOSÉPHINE ET LES OMBRES

Conte lyrique en deux actes
Textes de Roland Topor
Musique de Reinhardt Wagner

topor

Les voix lyriques ne sont à priori guère prisées par les enfants. A moins de grandir dans une famille où lieder et opéras représentent le quotidien musical de la maison, cette façon de chanter étonne voir rebute les jeunes oreilles non initiées. Je vous présente aujourd’hui un petit bijou de CD qui aidera ceux qui en ont envie à familiariser les enfants avec les voix lyriques.
Les six chanteurs du disque sont vraiment excellents. L’auditeur « moyen » reproche souvent aux réalisations lyriques le peu de souci qu’elles ont du texte. En gros, on ne comprend pas les paroles, on a même parfois du mal à identifier la langue employée. Ici chaque mot est parfaitement clair, les voix sont belles, sensibles et ne sacrifient jamais l’intelligibilité du texte à je ne sais quel effet dramatique ou virtuose . (1) Tous les registres à l’exception du ténor sont représentés : basse, baryton, haute-contre pour les hommes, soprano, mezzo-soprano et alto pour les femmes. (respectivement : Antoine Sicot, Denis Léger-Milhau, Dominique Visse, Anne Baquet, Agnès Mellon et Guillemette Laurence)
La durée du conte, une heure, nécessite un peu d’organisation. La meilleure solution si on veut l’entendre d’une seule traite est peut-être de l’écouter en voiture pendant un long trajet. Sinon, pourquoi ne pas découvrir l’histoire sur plusieurs jours comme un feuilleton dont on écoute un épisode à la fois ? Autre idée pour amener les enfants vers cette œuvre a priori exigeante, faîtes tourner le CD, de temps en temps en « fond musical » sans réclamer d’attention particulière ou comme si vous l’écoutiez pour votre propre agrément – ce qui est d’ailleurs tout à fait possible, c’est vraiment de très bonne qualité et les grands peuvent aussi y prendre plaisir. Petit à petit les enfants, rétifs ou indifférents de prime abord, deviendront familiers de ces voix « bizarres » et de ces personnages attachants et pourront finalement apprécier pleinement ce conte lyrique à sa juste valeur. (2)

L’histoire: Joséphine, dont les parents sont morts récemment dans un accident d’avion fait connaissance avec Falstaff, un mort débonnaire du cimetière du Montparnasse – qu’elle traverse souvent pour aller à l’école. Rapidement elle devient familière des illustres défunts, amis de Falstaff. Pour eux, elle va enquêter pour répondre aux questions qu’ils se posent sur leur postérité. Le comportement de la petite fille étonne son entourage : sa tante Aline, son amie Pénélope, ses professeurs… Il faut dire qu’elle seule peut voir les fantômes.
Au deuxième acte une de ses recherches tourne mal et Joséphine est enlevée. S’en suivent quelques scènes épiques que je vous laisse découvrir.
Le conte aborde par touches légères et sensibles le thème du deuil. Une réflexion sur la mort traverse en filigrane les aventures de Joséphine. Le suicide est évoqué ainsi que les rapports entre les vivants et les morts. Mais le ton n’est jamais grave, c’est toujours la vie qui l’emporte. Pas de prescription dogmatique, les plaisirs du récit et de la musique sont bien le centre du projet.
La comédienne Tania Torrens qui assure la narration est une excellente conteuse.

AVT_Roland-Topor_2505

Roland Topor (en photo) : Illustrateur, dessinateur, peintre, écrivain, poète, metteur en scène, chansonnier, acteur et cinéaste, Topor est l’exemple même du brillant touche-à-tout. Son humour souvent noir, sa véhémence et son goût du scandale sont généralement mis de côté quand il s’adresse aux enfants.
Avec Joséphine il nous livre une histoire à la fois épique et sensible teintée d’humour bon enfant et d’un soupçon de philosophie.
Au registre du jeune public, on lui doit la géniale série Téléchat : 234 épisodes qui ont prouvé pendant de nombreuses années que la télévision pouvait (trop rarement) proposer des programmes pour enfants de grande qualité.

La musique de Reinhardt Wagner : Compositeur à large palette, Wagner écrit principalement des musiques de film et des chansons – dont quelques unes sur des textes de Topor. Mélodiste raffiné, mais pas ésotérique pour un sou, il nous offre ici de très beaux airs. Chaque chanteur a ses chansons, mais il y a aussi des passages chantés en dialogue ou à plusieurs voix. La narration parlée nous épargne les fastidieux récitatifs propres à l’opéra. Toutes les parties chantées sont accompagnées au piano, quelques très beaux passages d’orchestre ponctuent l’histoire.
Avec le thème de Joséphine, confié à l’orchestre, et la chanson « C’est vrai Pénélope exagère », la musique de la scène du médecin (le magnifique haute-contre Dominique Visse) est ma préférée.

Les illustrations de Nicolas Topor : Comme son papa Roland, Nicolas est touche-à-tout : d’abord la peinture puis progressivement les décors et des scénographies pour le théâtre sans oublier des textes de chansons qu’il interprète lui-même. Les illustrations qu’il propose ici, oscillent entre le fauvisme et la bande dessinée. Vuillard semble l’inspirer. Son travail sur le flou et le traitement particulier de certain à-plats de couleur (surtout des fonds et des étoffes), sont plutôt originaux. L’ensemble est – filiation oblige ? – bien adapté au ton du récit.

Joséphine et les ombres
Conte lyrique en 2 actes
Le chant du monde 2003

(1) : Le parcours de nos interprètes dans le monde du chant baroque y est sans doute pour quelque chose. En effet, la façon de chanter propre à la période baroque est, je crois, un bon choix pour une découverte de la voix lyrique par les enfants – à l’opposé des voix « Wagnériennes » (je fais bien sûr référence à Richard Wagner et pas à Reinhardt Wagner notre compositeur du jour) qui avec leur vibrato large comme les hanches des cantatrices qui l’utilisent ne sont guère favorables à une claire compréhension des textes.

(2) : On trouvera peut-être que je fais bien des manières et que je sous-estime a priori la capacité des enfants d’aujourd’hui à apprécier des œuvres très différentes des productions majoritaires (mainstream en bon franglais) de notre époque. Mais il me semble que pour la plupart d’entre eux, le « classique » n’est vraiment pas familier. Les voix lyriques encore moins. Dommage, cet immense continent musical recèle bien des trésors. Sans vouloir enfoncer des portes ouvertes, je rappelle ici qu’une même personne peut très naturellement apprécier le rap et la musique classique, Chet Baker et Metallica etc… L’important c’est d’avoir accès à ces différents styles sans avoir à subir de jugements.
Quant au format, une heure d’écoute attentive, il va complètement à l’encontre des pratiques du jour : des séquences brèves et des images vidéo ou télévisuelles. Voilà pourquoi je suggère quelques stratagèmes pour amener notre jeune auditoire hors des sentiers battus – battus, que dis-je ? – laminés par le rouleau compresseur des produits commerciaux standardisés d’aujourd’hui.

LA DISCOTHEQUE IDEALE DE MONSIEUR MANDARINE : LE JOUR DE LA LUNE

Le jour de la lune par la compagnie Papaq

De la scène au CD, il y a un monde. Ce n’est pas parce qu’un spectacle musical est réussi que l’enregistrement qui lui correspond l’est aussi. Et vice versa. Les « Papaq » s’en sont vraiment bien tirés. Le spectacle était excellent – c’était en 2002, trop tard donc pour aller le voir – , le CD est très bon aussi.
L’argument est simple : Mirabelle et P’tit Louis sont en vacances. À chaque jour d’une semaine bien chargée correspond une chanson. Le disque égraine la semaine : une courte plage dialoguée (valse du lundi, du mardi, du mercredi, etc.) met en scène une petite péripétie qui conduit à la chanson du jour. Voyons ça.

51T21T4GK0L._SS500_

Chanson des poubelles : Avant de faire des spectacles pour enfants, Papaq était un groupe de percussion. Sur ce CD et cette chanson en particulier, il en reste nettement quelque chose. Ça se passe dans une décharge, les objets usagés s’amusent comme des fous et nous aussi en entendant cette chanson un peu folle rythmée par un étonnant bric-à-brac musical : laitière, bouilloire, lessiveuse…

Leçon de natation : Chantée a cappella (sans instrument) la « leçon de natation » nous parle d’un drôle d’oiseau ou plutôt non, d’un drôle de poisson qui a peur de l’eau et refuse d’apprendre à nager.

Le ptérodactyle : À quoi ça sert, est-ce que c’est beau, est-ce que c’est chaud, est-ce que ça se conserve au frigo, est-ce qu’un eskimo peut l’emporter dans son traîneau ? Autant de questions qui resteront sans réponse au terme de cette chanson loufoque à souhait.

Va à la chasse : Pour aller à la chasse, il ne faut pas sentir bon, donc ne pas se laver. Un hymne pour tous les réfractaires de la salle de bain. Pas facile toutefois d’entonner le refrain : « un chasseur un vrai, un chasseur sachant chasser… »

Jardin secret : Très belle chanson, douce et pleine de poésie. Et qui aurait pu deviner le bel accompagnement musical que l’on peut obtenir en tapant sur… des pots de fleurs ?

Dis la petite souris : « … quand elle perd une dent qui s’occupe d’elle ? » Voilà la question à laquelle Mirabelle et P’tit Louis vont chercher une réponse. C’est une chanson à récapitulation qui accélère sans cesse. On y croise un souriceau, un lutin, une sorcière, les cloches de Pâques, une bonne fée et même le père Noël qui, peut-être, a la réponse.

Manchedi : Le jour où tout est à l’envers, où tout va de travers. Après avoir décrit un peu cette journée pas banale (les enfants grondent leurs parents, les policiers pourchassent les gens pour les embrasser… ), la semaine écoulée est repassée à l’envers : un petit extrait des 6 chansons précédentes est inclu dans la chanson. Un final acrobatique donc, original et très réussi.

PHOTO1_CREATION_167

Le livret donne toutes les paroles. Les éléments de la chouette illustration de couverture, disséminés à travers les pages, animent, avec des photos du spectacle (chouettes aussi), une élégante mise en page. Et, ça j’adore, pour chaque chanson les instruments utilisés sont précisés. Il y en a de trois sortes. Ceux que tout le monde connait : tambours (de toutes sortes), accordéon, flûte, maracas. Des plus rares : kess-kess, cuatro, clochettes japonaise, contrebassine à tendeur. Et d’autres, plus inattendus : bouilloire, lessiveuse, grille à frigo, pot de fleurs.

Je me suis principalement penché sur les chansons, mais les plages de transition sont également très bien faites. D’ailleurs, à ce propos, je ne saurais trop vous recommander « Le roi Coléoptère » un conte musical de la compagnie Papaq. C’était juste avant « Le jour de Lune ». Le spectacle était excellent (trop tard aussi) et le CD est un petit bijou d’intelligence et de fantaisie.
Pour finir, sachez que deux des quatre musiciens du disque (Annette Banneville et Denis Monjanel) ont réalisé ensemble deux autres CD de chansons pour enfants : « Monsieur Filoche » et « Sans mes chaussettes : peurs d’enfance ».

LA DISCOTHÈQUE IDÉALE DE M. MANDARINE : Un « Pierre et le loup » pas comme les autres

On ne compte plus les versions du fameux « Pierre et le loup » de Sergei Prokofiev. Avec différents ensembles et dans des traductions plus ou moins libres , l’histoire de Pierre nous a été contée par bien des comédiens de Gérard Philippe à Valérie Lemercier en passant par Bernard Giraudeau, Marie – Christine Barrault et Michel Galabru (1). Chacun aura sa version préférée.

couveerture pierre et le loup morel
Celle que je vous propose aujourd’hui, ma favorite, est particulière pour deux raisons. D’abord, les cordes de l’orchestre, qui, vous vous en souvenez sans doute, représentent Pierre, sont ici remplacées par un orgue de barbarie. La musique de Prokofiev est tout à fait respectée et les arrangements d’Alain Mabit pour l’orgue Pierre Charial sont très bien faits. Pour tout dire, c’est une idée géniale. Le son de cet instrument à la fois rare et familier, un peu étrange et pourtant si proche de l’enfance apporte à l’œuvre une saveur qui renouvelle le plaisir de l’auditeur un peu blasé par ce conte mille fois entendu – les parents, les instituteurs (trices), etc. Les enfants, quant à eux, s’ils découvrent Pierre et le loup avec cette version, apprécieront à coup sûr le son de cet instrument qui « colle » si bien au petit héros de l’histoire.
La seconde particularité de cette version tient aux narrateurs : François Morel et Olivier Saladin. Les deux humoristes Normands, qui ont longtemps fait partie des fameux Deschiens de Jérôme Deschamps, ajoutent au texte « officiel » des commentaires de leur cru.

pierre-et-le-loup-header
Ils se partagent la narration et discutent tel ou tel point, plus ou moins en rapport avec l’histoire : la garde des enfants par leur grands parents, l’imitation du cri du canard, le braconnage … Une authentique recette du canard au sang est même proposée. C’est un joyeux délire où l’absurde et la dérision se taillent la part du lion. Les enfants comme les parents feront leur miel de cette fantaisie débridée.
Le plus étonnant est qu’au bout du compte, malgré les cordes remplacées par l’orgue de barbarie et les digressions hirsutes des narrateurs, le conte et la musique de Prokofiev gardent leur magie. C’est sans doute la marque des grandes œuvres, elles sont suffisamment solides pour qu’on puisse les bousculées un peu sans qu’elles ne perdent rien de leurs qualités.

(1): Les chanteurs ont aussi souvent été sollicités : Jacques Brel, Charles Aznavour, Jacques Higelin, Julien Clerc, Eddy Mitchell. J’ajoute encore à ma liste Claude Piéplu, Fernandel, Smaïn et … Eve Ruggiéri.

Pierre et le loup
L’ensemble Orchestre régional de Basse-Normandie
Olivier Saladin et François Morel récitants
Domus 1995

Réédition en livre-CD illustré par Pef
Enfance et musique 2010

P.S : Plusieurs versions ont été publiées en livre-CD. L’histoire de Pierre est, semble t’il, une belle source d’inspiration pour les illustrateurs. Parmi nombre de belles réussites je vous suggère le livre CD de Didier jeunesse avec les magnifiques illustrations d’Eric battut et la narration de Michel Galabru.
Enfin, bonne surprise pour les curieux et les amateurs, une version jazz, avec Denis Podalydès comme narrateur, est sortie en 2012 chez Harmonia Mundi (collection le chant du monde). Les instruments ne sont plus ceux de l’orchestre classique mais ceux d’un big band de jazz. De nombreux styles sont présentés et on peut lire dans le livret une petite histoire du jazz illustrée avec les musiques de ce Pierre et le Loup original.

LA DISCOTHEQUE IDEALE DE M. MANDARINE : Comptines du jardin d’Eden

Comptines du jardin d’Eden : 28 comptines juives

La collection « Comptines du Monde » de Didier Jeunesse (13 titres à ce jour) propose des livres-disques très bien illustrés et joliment réalisés avec des arrangements et une direction musicale de grande qualité. Comptines du jardin d’Eden est mon préféré.

Les chansons, toutes issues de la culture juive, sont chantées en arabe, araméen, hébreu, latino et yiddish. L’identité juive est magnifiquement plurielle, cet album en témoigne de façon on ne peut plus convaincante. Européen ou proche-oriental, traditionnel ou original, le répertoire a été collecté en région parisienne auprès des parents et des grands-parents porteur de la (des) culture(s) juive(s).

9782278054923_600

Pour la musique, le feu d’artifice est tout aussi coloré : flamenco, raï, cordes tsiganes, oud, darbouka et you-you du Maghreb, berceuse yiddish et mélodie kletzmer, pas moins ! Paul Mindy et Christophe Hoarau semblent visiblement très inspirés par ces chansons, leurs arrangements sont tout simplement parfaits.
Mais la diversité des comptines du jardin d’Eden ne s’arrête pas là. Les émotions aussi sont à la fête. De la fantaisie la plus débridée aux heures noires du poignant destin des juifs pendant la seconde guerre mondiale, de la tendresse d’une berceuse apaisante aux jeux absurdes de l’enfance tout un monde se déploie au long de ces 28 plages.

Au bout du compte, au-delà des particularismes qu’immanquablement l’histoire et la géographie des peuples et des religions engendrent, c’est l’humanité toute entière qui chante ici. L’enfance, car c’est d’abord d’elle qu’il s’agit, nous suggère que les cultures sont secondes. Les berceuses, répertoire de l’enfance par excellence, illustre très bien ces affinités de l’enfance avec l’universalité de la destinée humaine. Celles, magnifiques, que l’on entend sur ce disque, toutes « typiques » qu’elles puissent être, nous en rappellent d’autres qui viennent des quatre coins du monde. C’est là, peut-être, la marque des grandes œuvres, elles jettent des ponts entre universel et particulier. L’histoire du peuple juif illustre parfaitement ces enjeux. La musique et l’enfance sont les briques et le ciment avec lequel ont bâti ces ponts – et surtout pas des murs.

9782278054923_1

Le très beau livret, comme souvent dans cette collection, regorge d’informations passionnantes. Les textes des chansons (10 seulement dans la version CD) sont proposés en version bilingue avec, quand il y a lieu, une transcription dans l’alphabet d’origine (arabe et hébreu).

D’abord édité en 2005 en livre-disque, il est depuis 2009 disponible en CD.

La discothèque idéale de Mr Mandarine : Belle pomme d’or de Frédéric Paris

« Belle pomme d’or »
de Frédéric Paris
Petite alouette N°2

Précisions liminaires
que l’on peut passer si l’on sent qu’on ne va pas avoir le temps de lire toute la chronique

Steve Waring, Anne Sylvestre, Alain Gibert, nombre des musiciens de l’association Enfance et musique etc. La liste est longue des chanteurs pour enfants qui se sont intéressé aux musiques traditionnelles. La plupart des régions de France ont proposé sous une forme ou une autre un répertoire enfantin particulier issu des traditions populaires (voir par exemple la chronique  » Kalon ur vamm »). Sans parler des innombrables trésors qu’offrent les cultures du monde (voir la chronique « Chansons d’ailleurs »).
Les enfants ne se préoccupent guère de savoir si la chanson qu’ils écoutent est une authentique composition originale ou si elle est issue d’un répertoire traditionnel. Mais, à priori on serait tenté de penser qu’ils seront plus sensibles aux chansons contemporaines, plus proches peut-être de leur quotidien tant par les thèmes que par les musiques. Quoique l’on peut aussi bien imaginer au contraire que les chansons patrimoniales, patinées par le temps, offrent quelque chose « d’essentiel » qui transcende les générations et emporte l’adhésion de tous ou presque. Il me semble, à l’usage, que les deux propositions sont vraies. Et, une fois de plus, quand on en vient à questionner le goût des enfants et les critères qui régissent leurs prédilections, le terrain devient mouvant et les réponses incertaines. Ce qui est sûr c’est que l’étiquette « musique traditionnelle » (ou « folk », ou « folklore régional » etc.) ne doit pas être un critère restrictif. Elle ne doit pas conduire, par exemple, à penser qu’il s’agit d’une musique trop particulière réservée à des ateliers menés par des spécialistes ou à des natifs de la région représentée. Par exemple, « Belle pomme d’or », que je chronique aujourd’hui, bien que très « trad », emporte la plupart du temps la conviction de l’auditoire, adultes compris.
Je ne conclurai pas ce préambule sans préciser, c’est important, que ce label, « musique traditionnelle », n’est pas non plus un gage de qualité à priori. Les productions médiocres, voire absolument nulles ne manquent pas dans cette catégorie, comme dans les autres. Hélas.

test2_2

Maintenant, la chronique pour de bon

Frédéric Paris est un talentueux musicien bien connu des milieux « folk ». Multi-instrumentiste (accordéon diatonique et clarinette en tête, mais aussi tout un tas d’instruments à vent, à cordes ou à clavier), il chante aussi fort bien. Ambassadeur infatigable des musiques traditionnelles de sa région, il compose à ses heures de forts jolis airs à danser. Son intérêt pour le répertoire de l’enfance ne doit rien au hasard : il est instituteur adepte de la pédagogie Freinet.
Produit par le conseil général de la Nièvre, l’album propose 17 chansons traditionnelles collectées dans le Morvan et le Nivernais auxquelles s’ajoutent des formulettes, une comptine et un « appel ».

3521383409275xv
Comme souvent avec les répertoires traditionnels, l’envie vient vite de chanter et les chansons s’y prêtent bien. Les mélodies, souvent magnifiques, s’apprennent facilement, il y a presque toujours un refrain à reprendre en chœur ou des phrases à répéter (façon « chanson à répondre »). Les textes et les formes sont très variées (virelangue, énumération, chanson à danser, formulette, etc.) et c’est avec plaisir que l’on découvre de nouvelles versions de chansons connues comme « L’alouette est sur la branche », « Les prisonniers de Nantes », « Nous la plumerons » (une version de « Alouette, gentille alouette »), « Gentil coqueliqui » (ici, une version en virelangue de « Gentil coquelicot »)
Le livret, passionnant, regorge d’informations : tous les textes bien sûr, mais aussi des commentaires sur les musiques et les usages des chansons, une bibliographie des sources et une description des instruments utilisés. Accordéon diatonique, clarinette, toutes sortes de flûtes, cornet à pistons, contrebasse, vielle à roue, cistre, cornemuse, harmonium, et, plus « exotiques »: le pinet (une clarinette rustique), la corne, les forces. A quoi s’ajoutent toutes sortes de sons: grelots, sabots, sifflets, tambours, pailles !
Sur les 6 adultes et les 5 enfants qui ont participé à l’enregistrement de ce disque, 7 portent le nom de Paris. Une affaire de famille donc.

41PDJ89NVWL

Le premier album de Frédéric Paris pour les enfants « Petite alouette » est devenu assez rare. Mais ça vaut la peine de le chercher (pensez aux bibliothèques bien sûr) il est aussi bon que « Belle pomme d’or » et tout à fait dans la même veine.
« Petite alouette » Amta 1996

LA DISCOTHEQUE IDEALE DE MONSIEUR MANDARINE : LA GRANDE EVASION HERVE SUHUBIETTE

Hervé Suhubiette aime les albums thématiques. « La java des couleurs » par exemple ne contient que des chansons sur les couleurs, « Prise de tête » est comme une autobiographie en chansons. Notre CD du jour parle des livres et de la lecture. Beau thème, surtout quand, comme moi, on a un fort penchant pour la littérature.

GRANDE-EVASION-couv_0

En route pour une revue de détail :

1. Il était une fois : … ça commence toujours comme ça. Et puis on invente ce que l’on veut, tout ce que l’on veut ! Belle occasion pour dérouler en musique – et quelle musique ! – un inventaire à la Prévert de personnages et de situations haut en couleurs. Démarrage en fanfare pour un beau voyage au pays des livres.

2. La grande évasion : Lire est une excellent moyen de voyager, de s’évader, on l’a beaucoup dit, restait à le chanter.

3. J’finis la page ! : Pour certain, lire est presque une drogue. Le monde extérieur devient flou, le lecteur sujet à ce genre d’addiction n’est plus vraiment là quand il s’abandonne à son démon. Et ça peut durer longtemps. L’entourage finit pas s’agacer. A moins que … mais je ne vous souffle pas la chute, c’est un délice de malice. La chanson est vraiment bien écrite et bien arrangée, c’est ma préférée de l’album.

4. L’ogre : Longue et énergique chanson inspirée d’un conte qui déroule l’histoire d’un ogre dévoreur d’enfants. Après une indigestion de chair humaine, il se met à dévorer … des livres. Au début, il les mange vraiment mais à nouveau il se détraque la tuyauterie digestive alors … Le conte ne finit pas là mais ici encore, je ne vous raconte pas les derniers rebondissements, ça gâcherait la surprise finale.

5. Je me souviens : A la façon du « Je me souviens » de Georges Perec, Hervé évoque ses souvenirs d’enfance. Ici, il s’agit uniquement de ceux qui se rapportent aux livres et à la lecture. C’est un beau texte dit sur un accompagnement musical très fin avec un tout petit refrain chanté.

6. La java des vermicelles : Magnifiques mélodies pour cette chanson parfumée d’une touche de nostalgie. Il y a une ivresse attachée à l’apprentissage de la lecture, une fringale de mots qui fait pétiller nos 6 ans. Ceux qui s’en souviennent ne resteront pas insensible à cette java.

7. L’histoire de Robert-qui-vole : Celle-ci, qui ne parle pas des livres – mais qui en sort – est un peu énigmatique. Robert n’a pas peur de l’orage, il sort mais un coup de vent plus costaud que les autres l’emporte au-delà des nuages. C’est une des histoires de « Crasse-tignasse », le fameux recueil de Heinrich Hoffmann, mise en musique.

8. Le bal des tordus : Pas non plus de référence directe à la lecture ici mais cette galerie de « pas beaux » évoque immanquablement la littérature, des contes médiévaux jusqu’à la B.D. d’aujourd’hui. Tout le monde aime les histoires qui font peur, tout le monde aimera cette chanson.

9. A quoi ça sert (question) : Comme introduction à la chanson suivante, la question « A quoi ça sert de lire ? » est décomposée en syllabes éparses, un peu façon musique contemporaine. Un drôle de puzzle musical.

10. A quoi ça sert (réponse) : Les réponses paraissent tellement évidentes à ceux qui savent lire qu’ils en oublieraient de les donner à ceux qui ne savent pas encore le faire et qui peut-être se demandent si ça vaut vraiment la peine. Cette chanson devrait convaincre les plus récalcitrants.

11. Jeu de massacre : Il en fallait une, c’est celle-là, la chanson « anti-livre ». C’est l’histoire d’une petite fille qui fait croire à son entourage, pour lui faire plaisir, qu’elle adore lire. On lui en offre donc à tout bout de champ. Mais en fait elle déteste ça, et la chanson raconte par le menu tout ce qu’elle rêve de faire subir à ces maudits bouquins. Un rafraîchissant morceau d’humour noir. Elle devrait plaire à Vincent Malone.

12. Le mur : Pour changer un peu , voici une belle chanson sur le thème de la liberté inspirée du livre d’Angel Esteban « Le mur ». C’est plein de poésie et des images viennent immédiatement à l’esprit de l’auditeur. C’est je crois une des plus belles qualités d’Hervé Suhubiette, ses textes comme ses musiques sont très « visuels ». Je vous reparlerai de tout ça dans une prochaine chronique.

13. Capitaine Fracasse : Qui ne s’est jamais imaginé sous les traits du héros d’un roman d’aventure ? Pour conclure, Hervé nous offre encore un magnifique plaidoyer pour la lecture et comme souvent avec lui, le « je » qui chante est d’une telle sincérité qu’on ne peut que se laisser convaincre.

Toutes les musiques ont été composées par Hervé Suhubiette et elles sont, à mon goût, toutes plus réussies les unes que les autres. Les 5 musiciens qui les interprètent (Hervé compris) ne manqueront pas de vous surprendre par leur belle inventivité et leur parfait sens de la mesure – dans le sens rythmique bien sûr, mais aussi parce qu’ils savent se mettre au service de la chanson.

La grande évasion

Harmonia mundi 2002
Réédition 2011 en livre-cd avec de nouvelles illustrations et une histoire
http://www.hervesuhubiette.com

LA DISCOTHEQUE IDEALE DE MONSIEUR MANDARINE : AU LOUP DE HELENE BOHY

Les talents de musicienne d’Hélène Bohy, tant comme chanteuse que comme compositrice ou arrangeuse ne sont plus à démontrer. Je lui consacrerai bientôt une chronique « portrait d’artiste », laissez-moi juste le temps de me pencher un peu sur sa biographie et sa copieuse discographie. Je n’ai pas encore mis la main sur tous ses albums. En attendant, jetons un œil et une oreille sur « Au loup ».

Trois choses en particulier me font ranger ce CD dans ma discothèque idéale : le thème du loup abordé avec humour et sans mièvrerie, les beaux textes de Jeanne-Marie Pubellier et la présence du scateur émérite et exubérant hurluberlu Daniel Huck.

au_loup

Au programme 10 chansons, trois textes dits et deux contes.

L’album commence par une perle typiquement à la façon de Dame Bohy : une chanson traditionnelle arrangée aux petits oignons, ici couleurs jazz. Et puis surprise, un texte dit sans musique. Cette Jeanne-Marie a ma fois une bien jolie plume, le thème du loup l’inspire. Elle signe le texte de la chanson suivante, puis à nouveau un petit poème. Viens ensuite un autre traditionnel chanté par les enfants puis à quatre voix accompagnées par une contrebasse solitaire, ça sonne ! Etc.

Tout l’album est du meilleur tonneau.

Deux ou trois choses encore.

On trouve sur ce CD tout ce qui fait le style des albums d’Hélène Bohy : beaucoup de voix d’enfants, beaucoup de polyphonies vocales, des chansons traditionnelles arrangées avec respect et inventivité, le jazz – ici avec la complicité des excellents Matthieu Dalle et Philippe Berthe (qui se souvient du regretté groupe « jazz vocal » T.S.F ?).

Ma chanson préférée du disque, « Le rap du loup » est une merveille. Avec ce CD, rarement à ma connaissance (et à mon goût) on avait aussi bien parlé du loup aux enfants. Cette chanson touche à l’essentiel. Inutile de préciser que comme pour toutes les « grandes » chansons pour enfants les adultes y trouvent aussi leur compte- pour la musique comme pour le texte.

Enfin, idée géniale, le rôle du loup est confié à Daniel Huck, hurluberlu émérite et exubérant scateur. Tout au long du disque, il apparaît et disparait, tantôt chantant, tantôt parlant. Fourbe ici, geignard là, menteur, sûr de lui, drôle, fort, sympa ou pitoyable. Oui le loup peut être un personnage complexe. Il nous ressemble tant.

loup

Le loup, comme chacun sait, aide les enfants à maîtriser et dépasser leurs peurs. C’est le sens de sa présence dans tant de contes, de légendes et de chansons. Avec « Au loup » d’Hélène Bohy le thème s’étoffe et prend de l’ampleur. L’animal reste sauvage mais il devient familier, il est méchant certes, mais on peut dialoguer avec lui.

De tous les loups qu’il nous faut affronter dans nos vies, celui qui est en nous est peut-être le plus malin, le plus dangereux et en tout cas le mieux caché. Ce disque, je crois, prépare à la rencontre.

Le livret donne tous les textes et, chanson par chanson (merci), les instruments utilisés. Il est agrémenté de rares dessins et de quelques photos. On peut lire au dos du CD : « Chansons pour rire et réfléchir. Age préférentiel 5 à 11ans »

********

« Au loup » Hélène Bohy
Enfance et musique 1996 Réf : EMCD 296