Archive | juin, 2014

LA DISCOTHÈQUE IDÉALE DE M. MANDARINE : Un « Pierre et le loup » pas comme les autres

On ne compte plus les versions du fameux « Pierre et le loup » de Sergei Prokofiev. Avec différents ensembles et dans des traductions plus ou moins libres , l’histoire de Pierre nous a été contée par bien des comédiens de Gérard Philippe à Valérie Lemercier en passant par Bernard Giraudeau, Marie – Christine Barrault et Michel Galabru (1). Chacun aura sa version préférée.

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Celle que je vous propose aujourd’hui, ma favorite, est particulière pour deux raisons. D’abord, les cordes de l’orchestre, qui, vous vous en souvenez sans doute, représentent Pierre, sont ici remplacées par un orgue de barbarie. La musique de Prokofiev est tout à fait respectée et les arrangements d’Alain Mabit pour l’orgue Pierre Charial sont très bien faits. Pour tout dire, c’est une idée géniale. Le son de cet instrument à la fois rare et familier, un peu étrange et pourtant si proche de l’enfance apporte à l’œuvre une saveur qui renouvelle le plaisir de l’auditeur un peu blasé par ce conte mille fois entendu – les parents, les instituteurs (trices), etc. Les enfants, quant à eux, s’ils découvrent Pierre et le loup avec cette version, apprécieront à coup sûr le son de cet instrument qui « colle » si bien au petit héros de l’histoire.
La seconde particularité de cette version tient aux narrateurs : François Morel et Olivier Saladin. Les deux humoristes Normands, qui ont longtemps fait partie des fameux Deschiens de Jérôme Deschamps, ajoutent au texte « officiel » des commentaires de leur cru.

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Ils se partagent la narration et discutent tel ou tel point, plus ou moins en rapport avec l’histoire : la garde des enfants par leur grands parents, l’imitation du cri du canard, le braconnage … Une authentique recette du canard au sang est même proposée. C’est un joyeux délire où l’absurde et la dérision se taillent la part du lion. Les enfants comme les parents feront leur miel de cette fantaisie débridée.
Le plus étonnant est qu’au bout du compte, malgré les cordes remplacées par l’orgue de barbarie et les digressions hirsutes des narrateurs, le conte et la musique de Prokofiev gardent leur magie. C’est sans doute la marque des grandes œuvres, elles sont suffisamment solides pour qu’on puisse les bousculées un peu sans qu’elles ne perdent rien de leurs qualités.

(1): Les chanteurs ont aussi souvent été sollicités : Jacques Brel, Charles Aznavour, Jacques Higelin, Julien Clerc, Eddy Mitchell. J’ajoute encore à ma liste Claude Piéplu, Fernandel, Smaïn et … Eve Ruggiéri.

Pierre et le loup
L’ensemble Orchestre régional de Basse-Normandie
Olivier Saladin et François Morel récitants
Domus 1995

Réédition en livre-CD illustré par Pef
Enfance et musique 2010

P.S : Plusieurs versions ont été publiées en livre-CD. L’histoire de Pierre est, semble t’il, une belle source d’inspiration pour les illustrateurs. Parmi nombre de belles réussites je vous suggère le livre CD de Didier jeunesse avec les magnifiques illustrations d’Eric battut et la narration de Michel Galabru.
Enfin, bonne surprise pour les curieux et les amateurs, une version jazz, avec Denis Podalydès comme narrateur, est sortie en 2012 chez Harmonia Mundi (collection le chant du monde). Les instruments ne sont plus ceux de l’orchestre classique mais ceux d’un big band de jazz. De nombreux styles sont présentés et on peut lire dans le livret une petite histoire du jazz illustrée avec les musiques de ce Pierre et le Loup original.

A PROPOS DE : CHANSONS ACTIVES

Une chanson ça s’écoute d’abord. Et puis, mais c’est déjà optionnel, ça se chante. Soit avec celui qui la chante (en concert ou avec un enregistrement), soit tout seul dans sa cuisine, en voiture ou sous la douche. Ça se fredonne, se murmure, se braille à plein volume, vous trotte dans la tête, se chante en chœur, à la chorale, vous offre une minute de gloire au concours de karaoké ou pendant la veillée au coin du feu (surtout si vous vous accompagnez à la guitare)

Bien, et quoi d’autre ?
Pour les grands, pas grand chose. Pour les enfants dans bien des cas, c’est différent.

Le répertoire de l’enfance offrent souvent d’autres possibilités. Les chansons à danser et les chansons à gestes arrivent les premières à l’esprit. Il y a aussi des chansons en formes d’énigmes ou de jeux musicaux…
On ne devine pas toujours que telle chanson se prête à plus qu’à la simple écoute. C’est ici que je sors mon couplet sur les livrets des CD. Lisez-les ! Et en détail s’il vous plait. Faute d’une transmission orale, d’une animation vivante, c’est souvent le seul moyen qu’ont les musiciens de vous faire partager toutes les ressources de leur répertoire. La plupart des livrets donnent le textes des chansons. Les plus généreux y ajoutent des commentaires sur l’histoire et la provenance des chansons, les accords pour l’accompagnement voire la partition et les instruments utilisés – soit une liste pour l’ensemble soit, et c’est mieux, les instruments pour chaque chanson. Mais c’est aussi dans ces pages que l’on trouvera de précieuses indications comme les pas de danse, les gestes et les mouvements qui correspondent au texte et d’une façon générale tout ce que ne dit pas le texte mais que l’on peut faire à partir des chansons, les modes d’emploi en quelque sorte. Oui, vous trouverez tout ça dans les livrets … quand ils sont bien faits – j’admets volontiers que ça n’est pas toujours le cas, hélas.

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Voici une liste – non exhaustive – qui vous montrera à quel point le répertoire enfantin peut être riche de formes diverses et parfois inattendues. A chaque genre de chanson peuvent être associés un ou plusieurs intérêts spécifiques. Le dénominateur commun à toutes est qu’elles enrichissent, en quantité comme en qualité, les liens qui nous unissent les uns aux autres.

- Chansons à danser : Les paroles de ces chansons donnent souvent des indications plus ou moins complètes sur les pas et les déplacements. « Jean petit qui danse » ou  » Le boogie-woogie » par exemple.
- Chansons à répondre : un chanteur chante une phrase et tout le monde répète après lui. Ce ping pong musical peut n’être mis en place que sur le refrain ou le couplet. Parfois c’est pour toutes les phrases de la chansons.
- Chansons à gestes : Il s’agit tout simplement de mimer ce qui est chanté, les personnages la chanson et ce qu’ils font bien sûr, mais aussi le soleil, la mer, le vent etc.
- Sauteuses : Chansons acrobatiques au cours desquels un adulte fait sauter l’enfant sur ses genoux. « A dada sur mon bidet » est sans doute la plus connue.
- Chansons-devinettes : le texte de la chanson propose une énigme à résoudre, un intrus à trouver etc.
- Chansons en mouvement : entre la danse et le la chanson mimée, certaines chansons invitent à jouer une scénette (« Une puce un pou » par exemple) ou à se déplacer d’une façon particulière (« J’aime la brousse »).
- Les chansons- jeux : Certains jeux sont basés sur une chanson comme « Le fermier dans son pré ». On chante aussi sur les marelles et en sautant à la corde.
- Jeux musicaux chantés : Volontairement ou non pédagogiques, ces chansons invitent les enfants à frapper des rythmes, à les reproduire, les accélérer, les déformer, ou encore à chanter de phrases de plus en plus longues (chansons à récapitulations), à jouer sur les nuances (piano, forte ) etc.

enfants

Notez enfin qu’une simple chanson « juste à chanter » (sans animation particulière) peut devenir, selon vos envies et votre imagination, une chanson « active » : à danser, à geste, à répondre etc. A vous de trouver celles qui se prêtent à ces évolutions.